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accueil, Saïd Bou-Ayach
vendredi 28 août 2026 - 18:18

Benkirane, quand le chef devient un boulet

Benkirane, quand le chef devient un boulet
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Saïd Bou-Ayach

1- Il faut quand même le dire : Abdelilah Benkirane n’a pas toujours été comme ça. Il fut un temps où il savait ce qu’il faisait. Ses colères avaient un but, ses provocations étaient calculées et, même quand il agaçait tout le monde, il y avait derrière le personnage un vrai sens politique. Aujourd’hui, c’est beaucoup plus compliqué. Il parle, il s’énerve, il accuse, il se contredit et parfois, franchement, on se demande s’il écoute encore ce qu’il dit. Le plus drôle, c’est qu’autour de lui, personne ne semble avoir le courage de lui souffler : « Abdelilah, là, tu racontes n’importe quoi. »

2- Ce n’est pas son âge qu’on lui reproche. À 72 ans, on peut très bien avoir toute sa tête et continuer à faire de la politique. Le problème, c’est qu’on a l’impression que Benkirane a perdu quelque chose en route : le recul. Il veut donner son avis sur tout, sur tout le monde et sur tous les sujets. Et quand il n’a rien à dire, il trouve quand même quelque chose à dire. Pour ma Ayacha-community, c’est devenu presque un réflexe pour le personnage. Une caméra apparaît, Benkirane apparaît. Un micro se tend, il parle. Même quand personne ne lui a rien demandé, il trouve le moyen de donner son avis.

3- On ne va pas faire semblant de savoir ce qui se passe dans sa tête. Ses facultés mentales ne nous regardent pas et personne ne peut sérieusement poser un diagnostic à distance. Mais ses facultés politiques, elles, sont beaucoup plus faciles à juger. Et là, le constat n’est pas brillant. Il ne semble plus toujours voir quand il va trop loin, quand une blague devient une bourde ou quand une sortie censée faire rire finit simplement par le ridiculiser. Le Benkirane qui savait autrefois où il mettait les pieds donne parfois l’impression de marcher aujourd’hui sans regarder devant lui, à croire qu’il n’y a plus que sa canne qui le supporte…

4- Et puis il y a sa vieille amie, la mauvaise foi. Celle-là, elle est toujours en pleine forme. Quand Benkirane a raison, il est le seul à avoir compris. Quand il se trompe, et baaaah c’est forcément quelqu’un d’autre. Quand le PJD gagne, c’est grâce à lui. Quand le parti prend une claque, et baaaah c’est encore la faute des autres. Avec lui, le problème n’est jamais Benkirane. C’est toujours le monde autour de Benkirane. Il faut quand même reconnaître un talent : réussir à ne jamais être responsable de rien demande un sacré culot.

5-Pour le PJD, le problème commence à devenir sérieux. Le parti a pris une énorme claque en 2021, passant de 125 députés à seulement 13. Il devrait donc chercher à changer, à renouveler ses visages et à parler autrement aux Marocains. Mais non. Le parti reste collé à Benkirane comme un vieux feuilleton dont personne ne connaît encore le dernier épisode. À chaque fois qu’il fait une sortie, le PJD doit derrière expliquer, corriger ou faire semblant de ne pas avoir entendu. À ce rythme, le parti devrait peut-être créer un nouveau poste : responsable officiel des dégâts causés par Benkirane, mais je pense que Bouanou s’y colle déjà !

6- Et puis il y a eu Salé. Là, même la réalité a décidé de faire de l’humour. Benkirane, ancien chef du gouvernement et patron actuel du PJD, n’a finalement pas été retenu pour les législatives de 2026. Dans le processus local, il était arrivé troisième. La direction du parti a ensuite choisi un autre candidat. Il faut quand même savourer la scène : le chef du parti qui n’arrive même plus à convaincre les siens de le mettre en tête de liste dans son propre fief. Ce n’est plus une petite alerte. C’est le voyant rouge qui clignote depuis longtemps.

7-Benkirane devrait peut-être comprendre le message. Quand votre propre parti vous dit, en gros, « chef, vous pouvez rester, mais pour les élections, on va prendre quelqu’un d’autre », il faut commencer à se poser quelques questions. Mais lui continue comme si de rien n’était. Comme si nous étions encore en 2011, comme si chaque parole de Benkirane était attendue par tous. Sauf que non. Le Maroc a changé. Les électeurs ont changé. Le PJD a changé. Et même Benkirane a changé, qu’il le veuille ou non.

8-Le plus dommage, c’est qu’il aurait pu sortir par la grande porte. Il a été chef du gouvernement. Il a dirigé le PJD. Il a connu les victoires et les défaites. Il a compté dans la politique marocaine. Personne ne peut lui enlever ça. Mais il semble incapable de comprendre qu’on peut avoir été un grand personnage politique sans avoir besoin de rester éternellement au centre de la photo. À force de vouloir rester sur scène, il risque simplement de faire oublier les bons moments et de laisser comme souvenir ses dernières sorties hasardeuses.

9-Le PJD doit donc faire un choix. Continuer à vivre avec Benkirane et accepter que chaque semaine apporte son lot de déclarations embarrassantes, ou enfin tourner la page. Parce qu’aujourd’hui, Benkirane n’aide plus vraiment son parti : il lui coûte. Ses adversaires n’ont presque plus besoin de travailler. Ils attendent tranquillement la prochaine interview. Il parle, ils récupèrent les morceaux. Il attaque, ils répondent. Il se contredit, ils diffusent la vidéo. C’est quand même pratique d’avoir un adversaire qui fait lui-même une partie de votre campagne électorale.

10- Benkirane devrait donc comprendre une chose toute simple : en politique, il ne suffit pas de savoir entrer en scène, il faut aussi savoir en sortir. Il a eu son heure de gloire, il a dirigé le gouvernement, il a porté le PJD et il a longtemps occupé le devant de la scène. Mais aujourd’hui, à force de parler pour ne rien dire, de se contredire et de s’accrocher à une place que les siens commencent eux-mêmes à lui disputer, il risque surtout de finir par abîmer lui-même ce qu’il a construit. Ce serait dommage pour quelqu’un qui a quand même compté dans la politique marocaine. Il est peut-être temps de laisser le micro aux autres, avant de finir par ne plus avoir personne à qui parler.

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Tags: déclarationsmarocpolitiqueSaïd Bou-Ayach

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