La composition du prochain Conseil national de la presse est désormais connue. Parmi les sept représentants des éditeurs figure Bahia Amrani. Du côté des journalistes professionnels, Abdellah El Bakkali a obtenu, par les urnes, l’un des sept sièges en jeu. Deux parcours différents, deux légitimités distinctes, mais surtout deux personnalités dont la présence constitue une lueur d’espoir pour une profession en quête de crédibilité, d’équilibre et de protection.
Bahia Amrani n’est pas une nouvelle venue dans le paysage médiatique marocain. Journaliste de terrain et grand reporter, elle a travaillé notamment à Maroc Hebdo avant de participer, en 1998, à la fondation de l’hebdomadaire Le Reporte, dont elle assure depuis la direction de la publication et de la rédaction.
Son parcours lui a également permis de connaître, de l’intérieur, toutes les dimensions de la profession : l’enquête et le reportage, la gestion d’une rédaction, la responsabilité éditoriale, mais aussi les difficultés économiques auxquelles sont confrontées les entreprises de presse.

En décembre 2018, Bahia Amrani avait été élue présidente de la Fédération marocaine des éditeurs de journaux, succédant à Noureddine Miftah. Elle avait notamment appelé à l’organisation d’assises nationales pour réfléchir à un nouveau modèle économique de la presse marocaine.
Sa présence au sein du prochain CNP apporte donc l’expérience d’une éditrice qui connaît aussi bien les exigences journalistiques que les contraintes d’une entreprise médiatique. Dans un secteur fragilisé par la crise économique, la transition numérique et la concentration des ressources publicitaires, cette double connaissance est précieuse.
Face à elle, du côté des représentants des journalistes, se trouve une autre figure expérimentée : Abdellah El Bakkali.
Directeur du quotidien Al Alam, journaliste, éditorialiste et ancien président du Syndicat national de la presse marocaine, Abdellah El Bakkali possède une longue expérience professionnelle, syndicale et institutionnelle. Il connaît les rouages du secteur, les revendications sociales des journalistes, mais aussi les rapports de force qui ont parfois paralysé les institutions chargées d’organiser la profession.
À l’issue du scrutin du 15 septembre 2026, il a été élu parmi les sept représentants des journalistes professionnels appelés à siéger au Conseil. Son mandat tire donc directement sa légitimité du vote des professionnels.

Au-delà de sa longue carrière, son élection entretient notamment l’espoir de voir avancer le projet d’une véritable institution des œuvres sociales des journalistes. Cette structure ne devrait appartenir à aucun groupe ni rester placée sous le contrôle de quelques personnes. Elle devrait devenir un mécanisme transparent et pérenne permettant d’améliorer la couverture sociale, l’accompagnement médical et les conditions de vie des professionnels et de leurs familles.
Avec Bahia Amrani et Abdellah El Bakkali, le futur Conseil comptera donc deux personnalités qui connaissent la presse non seulement à travers ses textes et ses institutions, mais aussi par ses réalités quotidiennes.
Bahia Amrani peut porter la voix des entreprises de presse sérieuses, particulièrement celles qui résistent avec peu de moyens pour préserver leurs rédactions, leurs emplois et leur indépendance. Abdellah El Bakkali peut, de son côté, défendre les droits matériels et moraux des journalistes, la dignité professionnelle et les fondements déontologiques du métier.
Leur présence ne suffira évidemment pas, à elle seule, à résoudre une crise qui s’est installée depuis plusieurs années. Le prochain CNP sera jugé sur sa capacité à garantir une application équitable des règles, à prévenir les conflits d’intérêts, à protéger les journalistes et à sanctionner les atteintes à la déontologie sans sélectivité ni esprit de règlement de comptes.
Mais, dans une institution qui a besoin de retrouver la confiance des professionnels, Bahia Amrani et Abdellah El Bakkali peuvent jouer un rôle essentiel : celui de l’équilibre.
L’une représente l’expérience de l’éditrice et de la journaliste de terrain. L’autre porte la légitimité du vote, l’expérience syndicale et la connaissance des attentes sociales des journalistes. Tous deux savent que la presse ne peut être réduite à un marché de sièges, à un partage d’influence ou à un instrument destiné à servir des intérêts particuliers.
Ils sont aujourd’hui deux lueurs d’espoir. L’espoir que le Conseil national de la presse redevienne la maison de tous les professionnels. L’espoir qu’il protège la dignité des journalistes tout en responsabilisant les éditeurs. L’espoir, enfin, que l’expérience, le dialogue et le courage permettent de replacer l’intérêt de la profession au-dessus des calculs personnels et des rapports de force.
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