Les cœurs ne sont pas surveillés par la loi !
Peut-on dire que la loi surveille les cœurs ? Est-il acceptable d’incarcérer une personne pour avoir aimé une autre ?
Comme nous sommes en retard au Maroc !
Nous sommes en retard lorsque nous insistons pour amener des citoyens en prison à cause de « l’adultère », comme si l’État était le gardien des émotions, comme si le juge était devenu expert en sentiments, et comme si la loi pouvait imposer la fidélité par la force.
Au Maroc, l’article 491 du code pénal sanctionne l’adultère d’une peine de prison de un à deux ans. Un délit qui ne peut être poursuivi que sur plainte de l’époux ou de l’épouse, mais qui reste une lourde stigmatisation criminelle, révélant que nous vivons avec une mentalité policière qui s’impose dans les espaces les plus intimes : le lit conjugal.
Comparez cela avec le monde civilisé :
En France, depuis 1975, l’adultère n’est plus un crime. C’est simplement une raison de divorce, susceptible d’influer sur la pension alimentaire ou le partage des biens. Ainsi, la loi le traite comme une question purement civile.
En Belgique, c’est similaire : l’adultère n’est pas un crime, mais il peut affaiblir la position de l’adultère lors des procédures de divorce, notamment en matière de biens et de compensations.
Aux États-Unis, il n’existe aucune incrimination fédérale. Seuls quelques États permettent encore des poursuites civiles contre « l’amant » (alienation of affection), où un époux peut obtenir des dommages-intérêts, mais pas d’incarcération.
Au Canada, l’adultère n’est absolument pas un crime. C’est une cause directe de divorce, avec des effets civils concernant la pension et la garde, mais sans aucune intervention criminelle.
La philosophie juridique ici est claire :
Au Maroc, la loi part d’une vision conservatrice et patriarcale, considérant l’adultère comme une menace pour l’ensemble du système social, plaçant ainsi ce délit parmi les crimes pénaux.
En France, en Belgique, en Amérique et au Canada, la loi repose sur l’idée de liberté individuelle : le mariage est un contrat civil, et l’adultère n’est qu’une violation de ce contrat, qui se traite par le divorce ou des compensations, non par l’emprisonnement.
Ici se pose la question essentielle :
Est-il normal de mettre quelqu’un en prison pour avoir aimé une autre personne ?
L’État marocain doit-il placer des policiers dans les chambres à coucher pour protéger l’institution du mariage ?
N’est-ce pas le mariage, par essence, une relation fondée sur la confiance et le choix libre, et non sur la peur de la prison ?
La vérité est que la famille n’est pas protégée par « l’article 491 ». La famille est protégée par l’amour, la sincérité et le respect mutuel. Quant à la loi, elle n’a aucune autorité sur les cœurs.
Il est temps d’affronter la réalité : l’article 491 est historiquement obsolète et doit être aboli.
Non pas pour encourager l’adultère, mais parce que nous croyons que l’État n’est pas le gardien des émotions, et que la relation conjugale est un domaine privé, où le ministère public n’a pas à intervenir. La fidélité ne peut pas être imposée par des sanctions, et les cœurs ne sont pas surveillés par la loi.