La crise du Groenland intensifie la dépendance de l’Europe à l’égard du gaz américain et ouvre la voie à des risques géopolitiques.

La crise du Groenland intensifie la dépendance de l’Europe à l’égard du gaz américain et ouvre la voie à des risques géopolitiques.

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L’escalade de la crise de l’île du Groenland, accompagnée d’un mauvais tournant sans précédent dans les relations transatlantiques, suscite de nouvelles inquiétudes européennes liées à la sécurité énergétique. Alors que l’Union européenne se dirige vers l’importation d’environ la moitié de ses besoins en gaz des États-Unis d’ici la fin de la décennie, cela l’amène à une dépendance géopolitique sensible.

Cette orientation s’inscrit dans le cadre de l’interdiction totale des importations de gaz russe. Selon des données publiées par le magazine « Politico », l’Europe importe actuellement environ un quart de ses besoins en gaz des États-Unis, un chiffre qui est appelé à augmenter avec l’expansion des accords de gaz naturel liquéfié avec les entreprises américaines.

Tout cela coïncide avec les déclarations de Donald Trump sur l’annexion du Groenland, une possession danoise, et ses menaces d’imposer des droits de douane sur plusieurs pays européens, dont la France, l’Allemagne, le Royaume-Uni et le Danemark, tant qu’un accord sur l’île n’est pas trouvé. Ces déclarations ont suscité des craintes quant à la cohésion de l’OTAN et ont incité des voix européennes à appeler à des représailles commerciales similaires.

Anna Maria Galler Makarievitch, analyste en chef de l’énergie à l’Institut des économies de l’énergie et de l’analyse financière, avertit que cette dépendance croissante vis-à-vis du gaz américain crée une « nouvelle dépendance géopolitique à haut risque », soulignant que cette voie serait contraire à la stratégie de l’Union européenne axée sur la diversification des sources d’énergie, la réduction de la demande et l’accélération de la transition vers des énergies renouvelables.

Des préoccupations diplomatiques apparaissent également au sein de l’Union concernant la possibilité pour Washington de tirer parti de cette carte dans le cadre de pressions politiques futures, même si on reconnaît l’existence de sources alternatives de gaz à l’échelle mondiale. Un diplomate européen de haut rang admet qu’une interruption des approvisionnements, bien que peu probable, doit être prise en compte dans le contexte de l’escalade liée au Groenland.

Depuis l’invasion russe en Ukraine en 2022, l’Union européenne a réussi à réduire sa dépendance au gaz russe, passant de 50 % en 2021 à environ 12 % aujourd’hui, selon les données du Centre « Bruegel », en compensant par du gaz naturel liquéfié, principalement américain. Les chiffres indiquent que le gaz américain représente désormais 27 % des importations de l’Union, contre seulement 5 % il y a quatre ans, la France, l’Espagne, l’Italie, les Pays-Bas et la Belgique se plaçant en tête des importateurs.

Les études de l’Institut d’analyse de l’énergie et de l’économie financière prévoient que la part du gaz naturel liquéfié américain atteindra 40 % de la consommation globale de gaz en Europe d’ici 2030, et près de 80 % des importations de gaz liquéfié, grâce à de nouveaux accords, notamment un engagement européen d’acheter des produits énergétiques américains pour un montant de 750 milliards d’euros.

Malgré les progrès de la transition énergétique, le gaz naturel continue de couvrir un quart des besoins énergétiques de l’Europe, que ce soit pour la production d’électricité, le chauffage ou l’industrie, plaçant l’Union face à une équation complexe entre les exigences de sécurité énergétique et le coût élevé de l’énergie, rendant difficile l’abandon du gaz américain relativement moins cher.

Dans ce contexte, des responsables européens comptent sur des projets de production attendus au Qatar et aux Émirats après 2030, ainsi que sur de vastes réformes des infrastructures, incluant de nouvelles pipelines reliant des pays méditerranéens à l’Europe continentale, ce qui pourrait faciliter le flux de gaz importé.

En revanche, un courant au sein du Parlement européen affirme que la crise souligne la nécessité d’accélérer la transition vers les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique. Le député socialiste Thomas Bellerin-Carlin insiste sur le fait que la demande en gaz diminue avec l’avancement de la transition verte, considérant que le maintien des investissements dans l’énergie propre suffit à réduire la dépendance au gaz américain, même en éliminant complètement le gaz russe.

Malgré ces enjeux variés, des responsables européens admettent que la marge de manœuvre est limitée pour le moment. L’un d’eux résume la situation en affirmant : « La dépendance est indéniable, mais il n’existe pas de véritable alternative pour l’instant. »

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