Addoha, le temps du rebond

Addoha, le temps du rebond

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Il est des trajectoires d’entreprise qui épousent les cycles économiques d’un pays. Celle du Groupe Addoha appartient à cette catégorie rare des groupes passés, en une décennie, du statut de locomotive immobilière nationale à celui d’acteur en restructuration profonde, avant de réapparaître aujourd’hui comme un opérateur assaini, sélectif et de nouveau rentable. Les résultats 2025 consacrent cette mue stratégique silencieuse mais décisive.

Car derrière les chiffres publiés à l’issue du quatrième trimestre se lit moins une simple amélioration conjoncturelle qu’un basculement de modèle. Après plusieurs années consacrées à la restauration de ses fondamentaux financiers, le promoteur marocain entre dans une phase où la création de valeur remplace la logique d’expansion volumétrique qui avait caractérisé son âge d’or.

Le temps long du redressement

L’exercice 2025 clôt une séquence structurante durant laquelle le groupe a priorisé le renforcement de ses capitaux propres, la maîtrise de l’endettement et la normalisation de son besoin en fonds de roulement. Autrement dit, la reconstruction patiente d’un bilan fragilisé par la crise immobilière des années 2010.

Cette consolidation n’a rien d’un détail technique : dans un secteur capitalistique où la confiance des marchés et des partenaires conditionne la survie même des opérateurs, la solidité bilancielle constitue l’actif stratégique premier. Addoha semble désormais avoir franchi ce seuil critique. Ses capitaux propres dépassent 10 milliards de dirhams et son gearing se stabilise autour de 30 %, niveau compatible avec un cycle d’investissement soutenu mais maîtrisé.

Ce retour à l’équilibre ouvre mécaniquement un nouveau chapitre : celui de la rentabilité.

Le retour de la performance économique

Les résultats 2025 confirment l’inflexion. Le chiffre d’affaires consolidé atteint 2,7 milliards de dirhams et le résultat net dépasse 500 millions, en hausse de 64 % en un an. La marge brute progresse à 27 %, portée par une meilleure maîtrise des coûts et un mix-produit plus favorable.

Ces indicateurs, pris isolément, pourraient sembler modestes au regard de la taille historique du groupe. Mais leur signification est ailleurs : ils signalent l’entrée dans un cycle de croissance sélectif, fondé non plus sur la multiplication des unités produites mais sur la qualité des actifs et la rentabilité des opérations. Le groupe lui-même évoque explicitement un cycle structurellement plus rentable.

Autrement dit, Addoha change de paradigme : de constructeur de volumes à développeur de valeur.

Une visibilité rare dans l’immobilier régional

La mutation se lit également dans la structure commerciale. Le chiffre d’affaires sécurisé atteint 11,2 milliards de dirhams, en progression de 22 %, offrant au groupe une visibilité pluriannuelle exceptionnelle dans un secteur traditionnellement cyclique.

Plus de 26 000 unités sont actuellement en production, représentant près de 21 milliards de dirhams de revenus potentiels. Fait révélateur : 60 % de ces projets affichent déjà un avancement technique supérieur à 50 %, ce qui signifie que la transformation en chiffre d’affaires comptable est largement enclenchée.

Dans un contexte immobilier régional marqué par la volatilité de la demande et la hausse des coûts de construction, une telle visibilité constitue un avantage compétitif déterminant.

Le pivot géographique et la montée en gamme

Mais la transformation la plus significative concerne la géographie et le positionnement produit. Addoha dispose désormais d’un pipeline réparti dans 20 villes marocaines et 5 pays d’Afrique de l’Ouest, cette dernière région représentant déjà près d’un tiers des projets en cours.

Ce basculement africain n’est pas seulement une diversification : il traduit une lecture lucide des dynamiques urbaines du continent, où la croissance démographique et l’urbanisation rapide soutiennent la demande résidentielle et tertiaire sur le long terme.

Parallèlement, le groupe opère une montée en gamme assumée. La qualité des emplacements et le segment de standing deviennent des axes centraux de création de marge. Le projet Blanca City Park à Casablanca, actif résidentiel premium estimé à 12 milliards de dirhams, en constitue l’illustration la plus emblématique.

À Abidjan, le programme Tours Éléphants, mixte, vertical et de très haut standing, confirme l’entrée d’Addoha dans l’immobilier métropolitain africain de nouvelle génération.

Le promoteur, historiquement identifié au logement social, se redéfinit ainsi comme développeur urbain multi-segments.

La fin d’un cycle, le début d’un autre

Ce repositionnement marque probablement la fin d’un cycle historique de l’immobilier marocain, celui des grands volumes subventionnés et de la croissance extensive. Addoha, acteur emblématique de cette période, semble aujourd’hui incarner la transition vers un modèle plus qualitatif, financiarisé et régionalisé.

Les perspectives publiées par le groupe résument cette nouvelle équation : un carnet sécurisé élevé, un pipeline foncier conséquent, des actifs prime et une discipline financière affirmée.

Derrière la rhétorique corporate, l’essentiel apparaît clairement : Addoha ne cherche plus à redevenir ce qu’il fut, mais à devenir autre chose.

Un promoteur moins massif, mais plus rentable.
Moins domestique, mais plus africain.
Moins spéculatif, mais plus patrimonial.

En somme, la seconde vie d’un acteur qui aura appris, dans la crise, que la croissance la plus durable est celle qui se construit d’abord sur la solidité.

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