Zineb El Adaoui, Présidente du Conseil supérieur des comptes : Exagérer sur la corruption au Maroc nuit plus qu’elle ne profite
Zineb El Adaoui, la première présidente du Conseil supérieur des comptes, a affirmé que l’exagération concernant l’ampleur de la corruption au Maroc peut entraîner des conséquences négatives aussi graves que les effets de la corruption elle-même. Elle a souligné que « la réalité montre que la dramatisation des irrégularités financières peut porter atteinte à la confiance des citoyens dans les institutions ».
Cette déclaration a été faite lors d’une séance plénière conjointe au Parlement, dédiée à la présentation du bilan du Conseil pour les années 2024 et 2025. El Adaoui a précisé que le travail d’audit commence généralement par des observations préliminaires qui sont ensuite intégrées dans le rapport final après avoir reçu les réponses des parties concernées, ajoutant que ce qui est parfois divulgué comme observations préliminaires peut ne pas figurer dans le rapport final après les délibérations légales.
Elle a également indiqué que le nombre de dossiers en cours dans le domaine de la discipline financière s’élevait à 412, dont 130 ont été tranchés, comprenant 38 dossiers où aucune charge n’a été retenue et 92 dossiers assortis de sanctions totalisant environ 4,6 millions de dirhams. Parmi ceux-ci, 11 dossiers ont abouti à des décisions de remboursement des montants correspondant aux pertes, tandis que le montant total récupéré, y compris les amendes, s’élevait à 5,9 millions de dirhams.
La présidente a précisé que 80 % des affaires liées à la discipline financière concernaient des établissements publics, et que les responsables et ordonnateurs représentaient 46 % des personnes concernées. Les chefs de départements et de services constituaient 27 %, tandis que 27 % étaient des employés. Au sein des cours régionales des comptes, 345 personnes étaient concernées, dont 160 ordonnateurs (46 %), 106 responsables de départements et de services (31 %), et 79 employés (23 %).
Concernant la nature des infractions, El Adaoui a rapporté que 68 % étaient liées à des non-conformités avec les règles de dépenses et d’ordonnancement ou à la fourniture de documents falsifiés. Par ailleurs, 60 % des infractions au sein des cours régionales des comptes étaient associées au non-respect des textes réglementaires concernant les marchés publics et des règles de preuve des créances. La majorité des infractions étaient dues à une faiblesse ou à une absence de systèmes de contrôle interne, à une gestion des risques inadéquate, à un non-respect des manuels procéduraux, à des capacités humaines limitées et à une faible culture du travail collaboratif.
Dans le cadre de la transformation numérique et de la transparence, El Adaoui a indiqué que plus de 29 % des comptes avaient été soumis par voie électronique, et que les comptables publics avaient restitué environ 16,5 millions de dirhams à la trésorerie avant la publication des décisions finales. Les tribunaux financiers ont rendu 5 099 décisions et jugements définitifs, dont 4 838 portant sur des acquittements, et 261 sur des déficits d’un montant total proche de 58,7 millions de dirhams. Ainsi, 95 % des décisions finales ont été favorables aux acquittements, contre seulement 5 % relatifs aux déficits financiers.
El Adaoui a réaffirmé l’importance de la mise en œuvre du projet de contrôle interne au sein des ministères pour renforcer la gouvernance et la gestion des risques, à condition qu’il soit effectivement appliqué. Elle a expliqué que le Conseil s’efforçait, à travers ces mesures, d’améliorer la gestion financière et de renforcer la confiance dans les institutions publiques.

