Il y a, chez Maati Monjib, une remarquable constance : transformer chaque épisode judiciaire en séquence narrative soigneusement scénarisée, où l’événement importe moins que l’interprétation qu’il en propose.
L’épisode du jour n’échappe pas à cette liturgie bien rodée. Empêché d’embarquer à l’aéroport de Rabat-Salé — affirme-t-il —, l’universitaire dénonce un « arbitraire » devenu, à ses yeux, système.
Le procédé est connu : partir d’un fait — ici, une restriction de sortie du territoire — pour dérouler une thèse globale où l’État devient une abstraction répressive, la justice une simple chambre d’enregistrement, et l’individu, lui, une figure quasi allégorique de la résistance. Le tout, avec cette assurance tranquille de celui qui ne doute jamais de la validité de son propre récit.
Ce qui, en revanche, mérite d’être rappelé — quitte à troubler la pureté du récit —, c’est que Maati Monjib ne dialogue pas avec le vide. Il est partie prenante de plusieurs procédures judiciaires, dont la plus notable reste l’affaire de blanchiment de capitaux visant Maati Monjib. Une affaire technique, peu propice aux envolées lyriques, où il est question de flux financiers, de structures et de responsabilités — bref, de droit, dans sa version la moins spectaculaire.
À cela s’ajoute un précédent que l’intéressé évoque à sa manière : une condamnation en 2021 dans l’affaire d’atteinte à la sûreté de l’État concernant Maati Monjib, depuis couverte par un pardon royal en 2024. Ici encore, la nuance juridique — distinction élémentaire entre dossiers distincts — semble se dissoudre dans une narration plus commode : celle d’un harcèlement continu, indifférencié, presque métaphysique.
Car c’est bien là que réside l’élégance du dispositif. Tout est ramené à une seule ligne : « on m’empêche, donc on me persécute ». Peu importe que les systèmes juridiques — au Maroc comme ailleurs — prévoient des restrictions de déplacement dans le cadre d’enquêtes en cours, notamment lorsque la présence de l’intéressé est requise ou que le risque de fuite est invoqué. Peu importe également que ces mesures relèvent d’un cadre formel, celui du Code de procédure pénale marocain. L’argument ne tient pas dans la complexité, mais dans sa simplification.
Là où le droit distingue, le récit amalgame. Là où la procédure segmente, la narration unifie. Et c’est sans doute ce qui confère à cette posture une efficacité certaine : elle évite le terrain aride des pièces, des dates et des qualifications, pour privilégier celui, infiniment plus fertile, de l’émotion et de la perception.
Il y a, dans cette manière d’interpeller la justice — « montrez donc une preuve » — quelque chose d’assez singulier. Comme si la vérité devait désormais se construire en conférence de presse, ou sur les réseaux sociaux, plutôt que dans les espaces prévus à cet effet. Comme si le doute, au lieu d’être instruit, devait être immédiatement tranché dans l’arène médiatique.
Le plus remarquable, au fond, n’est pas tant la contestation — légitime en démocratie — que sa mise en scène. Une contestation qui, tout en dénonçant les institutions, semble paradoxalement dépendre de leur existence pour se déployer. Sans justice, pas de cause ; sans procédure, pas de récit.
Reste cette question, presque anodine : à force de déplacer le débat hors du cadre judiciaire, ne finit-on pas par reconnaître, implicitement, que c’est précisément dans ce cadre que se joue l’essentiel ?
Mais peut-être est-ce là une subtilité superflue. Après tout, dans cette dramaturgie parfaitement maîtrisée, l’important n’est pas tant de convaincre que d’occuper le terrain. Et sur ce point, Maati Monjib n’a manifestement rien perdu de son sens de la scène.






