Le marché des obligations au Maroc envoie des signaux variés, reflétant une phase délicate des équilibres financiers, où l’on observe une légère amélioration de la liquidité bancaire qui se heurte à une pression persistante sur les taux d’intérêt, en particulier à long terme. Dans ce contexte, la Trésorerie adopte une posture prudente, traduisant son souhait de contrôler le coût de financement sans céder aux exigences du marché.
Selon la dernière note publiée par BMCE Capital Global Research, le déficit de liquidités bancaires a légèrement diminué pendant la période allant du 19 au 26 mars, atteignant -149 milliards de dirhams, soit une amélioration de 1,14 %. Cette amélioration a coïncidé avec une augmentation des interventions de Bank Al-Maghrib par le biais de prêts de sept jours, qui s’élèvent à 63 milliards de dirhams, confirmant ainsi le soutien monétaire destiné à maintenir la stabilité du marché.
Malgré cet assouplissement relatif, la situation ne s’est pas retranscrite de manière significative sur le marché monétaire, le taux d’intérêt interbancaire restant stable autour de 2,25 %, tandis que l’indice MONIA se maintient à 2,238 %. Cela reflète, selon certains observateurs, que l’amélioration de la liquidité a encore un impact limité, le marché continuant de dépendre des interventions de la banque centrale.
Cependant, l’événement le plus marquant de la semaine a été la décision de la Trésorerie de ne pas procéder à des emprunts lors de la dernière séance des adjudications, malgré une offre dépassant 3,5 milliards de dirhams pour des maturités courtes et moyennes. Cette démarche, qui fait suite à une mobilisation limitée la semaine précédente, illustre une tendance claire vers la sélectivité, l’État préférant différer l’emprunt plutôt que d’accepter des taux d’intérêt élevés.
Cette position confère à la Trésorerie une marge de manœuvre, mais contribue simultanément à alimenter les tensions sur le marché secondaire. Les taux d’intérêt ont ainsi enregistré des hausses notables, notamment à long terme, le rendement des obligations à 15 ans ayant augmenté de plus de 8 points de base, et celui des obligations à 10 ans d’environ 7,8 points de base, tandis que les maturités courtes ne sont pas exemptes de cette tendance haussière.
À la fin de la période, les rendements se sont établis à 2,30 % pour les titres à 13 semaines, 2,48 % pour un an, 3,31 % pour dix ans, 3,54 % pour quinze ans, et 4,12 % pour les obligations à 30 ans. Ces chiffres traduisent un marché qui exige des rendements plus élevés face aux risques, dans un contexte d’incertitude concernant le futur de la liquidité et la stratégie de financement de la Trésorerie.
Avec l’approche d’avril, les défis deviennent plus apparents, notamment avec des échéances d’environ 8 milliards de dirhams. Néanmoins, les revenus de l’impôt sur les sociétés pourraient constituer un coup de pouce supplémentaire pour la Trésorerie, lui permettant de poursuivre son approche prudente.
Ainsi, le marché obligataire demeure suspendu à une équation délicate : soit une rigueur persistante dans la gestion du financement, soit un retour sur le marché avec de nouvelles conditions imposées par la nécessité.






