Du 24 juillet au 14 septembre 2026, l’Espace Expressions CDG accueille la troisième édition de BIDAYA, une exposition qui réunit huit jeunes artistes issus de l’École Supérieure des Beaux-Arts de Casablanca.
Il y a quelque chose de particulièrement intéressant dans une sortie d’école des Beaux-Arts : ce moment où les artistes commencent à quitter le cadre de l’atelier pour confronter leurs recherches à un véritable espace d’exposition, à un public et à d’autres regards.
BIDAYA 3 s’inscrit précisément dans ce passage.
Pour sa troisième édition, l’exposition présente huit démarches artistiques, huit sensibilités et surtout huit manières très différentes de regarder le monde contemporain.
Peinture, dessin, photographie, installation, vidéo, design, numérique, recherche autour de la matière ou encore création immersive : ici, il n’est pas vraiment question de rentrer les artistes dans une seule case. Au contraire, l’exposition montre une génération qui circule librement entre les disciplines.
Huit artistes, huit univers
Parmi les artistes présentés, SalahEddine Makoudi développe une recherche autour de la mémoire, des traces et de l’expérience de la mort. Son travail s’intéresse à ce qui reste après un événement, à ce qui disparaît mais continue pourtant d’habiter les souvenirs. Une approche sensible qui transforme l’expérience personnelle et culturelle en matière artistique.

Avec Aymane Bouaali, le regard se déplace vers le monde rural et les transformations de son environnement. Sécheresse, mutations sociales et environnementales deviennent les points de départ d’une recherche où la matière, la trace et l’expérimentation prennent une place importante. Son travail questionne ainsi les relations entre territoire, mémoire et changement.
Chouaib Attif explore quant à lui les possibilités de l’image à l’époque du numérique. À travers la photographie expérimentale, la vidéo et l’installation, il interroge la présence humaine dans un monde de plus en plus dominé par les images virtuelles. L’image n’est plus simplement quelque chose que l’on regarde : elle devient un espace que l’on traverse, que l’on fragmente et que l’on transforme.
Chez Badreddine Cherrat, l’espace devient plus mental. Ses dessins intuitifs et ses compositions fragmentées évoquent les multiples facettes d’un puzzle, mais aussi celles d’un Rubik’s Cube. Les formes semblent se déplacer, se recomposer et traduire un état intérieur en constante transformation. Son travail s’intéresse ainsi aux dimensions psychologiques, sociales et existentielles de l’expérience humaine.
Mohamed Attou travaille dans les interstices entre le vivant et l’artificiel. Sa démarche naît de l’observation de lieux naturels altérés, consommés ou transformés
par l’activité humaine et les technologies. Il y collecte des insectes, des fragments végétaux et autres matières organiques, non pas pour les reproduire, mais pour leur imaginer une seconde existence. Ces éléments deviennent les composants d’un écosystème fictionnel où photographie et technologies numériques se rencontrent. À travers ces « organismes artificiels », Attou déplace la frontière entre nature et technologie : qu’est-ce qui définit le vivant lorsque ses formes peuvent être transformées et réinventées ?
Le travail de Walid Oulhayane prend une autre direction, celle du design d’intérieur et de la mobilité. Son projet de camping-car imagine un espace capable de réunir confort, déplacement et retour à la nature. La proposition associe réflexion sur l’usage, précision technique et références aux formes, textures et savoir-faire de l’artisanat marocain.
Dans le champ du design graphique et digital, Mohamed El Aamery revisite des personnages et des imaginaires issus de la culture amazigh. Son projet prend notamment appui sur les souvenirs de l’enfance, les jeux et les références personnelles pour créer un univers graphique qui transforme la mémoire culturelle en langage contemporain.
Enfin, Randa Ghalib s’intéresse elle aussi à la question de la mémoire, mais à travers les rapports entre culture numérique, archive et espace. Son travail dépasse le cadre traditionnel du graphisme pour prendre la forme d’installations modulables faites de volumes, de formes et de textes. Une manière de rendre visible ce qui ne l’est pas toujours et de questionner notre façon de conserver, transmettre et reconstruire les souvenirs.
Mais derrière cette diversité apparaît un point commun : l’expérimentation.
Les projets présentés témoignent d’une génération qui ne considère plus les frontières entre art, design, image et technologie comme des limites strictes. Une sculpture peut devenir un dispositif. Une photographie peut devenir une expérience. Un projet graphique peut sortir du papier pour investir l’espace. Une référence culturelle peut être transformée en un nouvel imaginaire.
C’est aussi ce qui donne à l’exposition son caractère contemporain : les artistes ne cherchent pas nécessairement à apporter des réponses définitives. Ils construisent des situations, des images et des expériences qui invitent le public à regarder autrement.

De l’école à la scène artistique
BIDAYA joue ainsi un rôle important dans le passage entre la formation artistique et le monde professionnel.
Après plusieurs années de recherche à l’ESBAC, ces artistes présentent aujourd’hui leurs univers dans un espace institutionnel, face à un public qui ne vient plus seulement découvrir des travaux d’étudiants, mais rencontrer des artistes en début de parcours professionnel.
Et c’est peut-être là tout l’intérêt de cette troisième édition.
BIDAYA 3 ne prétend pas montrer une scène artistique déjà définie. Elle donne plutôt un aperçu de ce qui est en train de se construire : des pratiques hybrides, des recherches personnelles et des artistes qui commencent à trouver leur propre langage.
Huit artistes. Huit regards. Une exposition qui ressemble moins à une conclusion qu’à un commencement.
BIDAYA 3
Salah El Makoudi — Aymane Bouaali — Chouaib Attif — Badreddine Cherrat — Mohamed Attou — Walid Oulhayane — Mohamed El Aamery — Randa Ghalib
Une exposition à découvrir pour voir ce que la nouvelle génération issue des Beaux-Arts de Casablanca est en train d’imaginer et surtout, où elle compte emmener l’art contemporain marocain demain.
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