Depuis le scrutin du 23 septembre, les noms circulent plus vite que les procédures. Chacun a son favori, ses arguments et parfois ses « confidences ». À écouter certains commentaires, la nomination du prochain chef du gouvernement serait déjà acquise. Elle ne l’est pas.
Les élections ont désigné le parti arrivé en tête. C’est un fait politique majeur, dont la Constitution tire une conséquence précise : conformément à son article 47, le Roi nomme le chef du gouvernement au sein de ce parti, sur la base des résultats du scrutin. Le texte fixe l’origine partisane de la personne appelée à gouverner. Il ne désigne pas cette personne à la place du Roi.
Cette distinction mérite d’être rappelée avec sérénité. La direction d’un parti, sa campagne ou la visibilité de l’un de ses responsables ne produisent aucun droit automatique à la fonction. Dans le cas du Parti authenticité et modernité, conduit par une direction collégiale comprenant une coordinatrice nationale, réduire d’avance le choix à un seul nom reviendrait à ajouter au texte constitutionnel une règle qu’il ne contient pas.
La prérogative royale s’exerce dans le cadre du suffrage, et elle porte la responsabilité institutionnelle attachée à la fonction du Roi, garant de la continuité de l’État et du bon fonctionnement des institutions au titre de l’article 42. C’est ce qui donne à la nomination sa portée : elle engage la conduite du gouvernement à venir, au-delà de la compétition entre prétendants.
Que les journalistes examinent les profils et que les citoyens débattent est parfaitement légitime. Encore faut-il appeler les choses par leur nom. Une hypothèse reste une hypothèse ; une campagne de soutien reste une campagne de soutien. Ni l’une ni l’autre ne vaut annonce officielle. Présenter des conjectures comme des certitudes ne pèse pas sur la décision : cela risque seulement d’alimenter la confusion et les tensions.
La séquence suit son cours légal, de l’établissement des résultats à la nomination attendue. Les électeurs ont choisi le parti arrivé en tête. Le nom du chef du gouvernement sera connu lorsque Sa Majesté le Roi exercera la compétence que lui confie la Constitution. D’ici là, la retenue est moins un silence qu’une juste mesure des faits.
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