Le Parti authenticité et modernité est arrivé en tête des élections législatives du 23 septembre avec 97 sièges. Depuis, une question occupe les conversations politiques : qui conduira le prochain gouvernement ? Et si, cette fois, la réponse était Fatima-Zahra Mansouri ?
L’hypothèse est parfaitement légitime. L’article 47 de la Constitution prévoit que le Roi nomme le chef du gouvernement au sein du parti arrivé en tête des élections à la Chambre des représentants. Il ne désigne pas d’avance une personnalité et n’établit aucune distinction entre une femme et un homme. Le choix relève de la prérogative royale, sur la base des résultats du scrutin.
Il est donc curieux de voir surgir, face à la possibilité d’une femme à ce poste, une question sur sa place lors des prières officielles. Les cérémonies ont leurs règles et leur protocole. La direction du gouvernement relève, elle, de la Constitution et de la capacité politique de la personne choisie. S’il faut adapter un protocole, on l’adapte. Cela ne devrait pas fermer une porte que le droit laisse ouverte.
Le nom de Fawzi Lekjaa circule aussi, et cela se comprend. Son action dans le football marocain lui a donné une stature nationale et internationale. Il préside la Fédération royale marocaine de football, siège au Conseil de la FIFA et occupe la première vice-présidence de la CAF. À l’approche du Mondial 2030, ce sont des responsabilités dont on mesure la portée. Lekjaa a, si l’on ose l’expression, d’autres chats à fouetter, et il a montré qu’il savait s’en occuper.
C’est précisément pour cette raison qu’il serait difficile d’oublier ses engagements dans le football au moment de réfléchir à la conduite du gouvernement. Le Maroc prépare un rendez-vous mondial ; les dossiers sportifs, les relations avec la FIFA et la CAF ainsi que les décisions à venir réclament une attention suivie.
Un précédent invite d’ailleurs à prendre la question au sérieux. En 2017, la FIFA a refusé la candidature de Vitaly Mutko à son Conseil en raison de sa fonction de vice-premier ministre russe. Elle avait estimé que l’appartenance à un gouvernement créait une incompatibilité structurelle avec ses exigences de neutralité politique. Ce précédent ne tranche pas le cas de Lekjaa, qui exerce déjà des responsabilités ministérielles et sportives. Il indique toutefois qu’une éventuelle accession à la tête du gouvernement appellerait une clarification de ses fonctions au sein du football international.
Cela ne retire rien à ses qualités. Cela rappelle simplement que servir le pays peut prendre plusieurs formes, et que les responsabilités qu’il assume dans le football comptent elles aussi pour le Maroc.
Quant à Fatima-Zahra Mansouri, sa possible nomination ne devrait être traitée ni comme une faveur faite aux femmes, ni comme une curiosité. Elle doit être examinée avec les questions posées à tout candidat : peut-elle réunir une majorité cohérente, conduire une équipe et répondre aux attentes des Marocains en matière d’emploi, de pouvoir d’achat, d’école et de santé ? Voilà le débat politique.
Le Maroc pourrait connaître pour la première fois une femme à la tête de son gouvernement. Ce serait un symbole fort. Mais sa légitimité ne viendrait pas du symbole seul : elle viendrait du cadre constitutionnel, du choix du Roi et de sa capacité à gouverner.
Alors, pourquoi pas une cheffe du gouvernement ? La question mérite d’être posée sans gêne, et surtout sans lui inventer d’obstacle.
![]()














