Par Najiba jalal
Analyse critique des trois derniers gouvernements face aux crises sociales, économiques et climatiques
À la veille d’une campagne électorale décisive pour 2030, le Maroc observe la confrontation des partis entre slogans, accusations et coups bas. Pourtant, derrière ce tumulte, l’histoire récente révèle que la succession des gouvernements s’inscrit dans une continuité de l’État, chaque exécutif confronté à des contraintes et des crises spécifiques.
Benkirane (2012-2017) : prudence et équilibre
Sous la houlette d’Abdelilah Benkirane, le Maroc de 2012 à 2017 navigue dans un contexte économique délicat et un climat social exigeant. L’état d’esprit du chef de gouvernement se caractérise par une prudence réfléchie, une recherche d’équilibre et une approche mesurée des réformes.
Les résultats se traduisent par une stabilisation économique notable et un maintien de la continuité institutionnelle, préservant ainsi la crédibilité de l’État. Cependant, cette retenue stratégique a ses limites : les réformes avancent lentement, les promesses salariales peinent à se matérialiser, et certaines frustrations sociales persistent.

Les embûches étaient réelles : faible croissance, contraintes budgétaires strictes, pressions syndicales, et une marge de manœuvre économique étroite. Les catastrophes naturelles, rares à cette époque, ne constituent pas un facteur aggravant mais le contexte demeure contraignant.
la ligne de conduite adoptée visait à préserver l’équilibre budgétaire et à éviter tout désordre social, privilégiant la stabilité à court terme au détriment de réformes plus audacieuses.
El Othmani (2017-2021) : réactivité face aux urgences
À partir de 2017, Saadeddine El Othmani prend les rênes d’un Maroc en quête de continuité et de stabilité. Son état d’esprit se caractérise par un pragmatisme marqué et une réactivité constante face aux urgences, qualités qui s’avéreront décisives face à un événement d’ampleur mondiale : la pandémie de COVID-19.
Sous son mandat, le gouvernement met en œuvre des mesures d’urgence efficaces, allant de la création d’un Fonds spécial COVID aux aides directes destinées aux PME et aux ménages, en passant par l’organisation de l’enseignement à distance pour préserver la continuité éducative. Ces initiatives traduisent une capacité à agir rapidement face aux crises, mais leur portée reste essentiellement conjoncturelle.

Les limites apparaissent clairement : les réformes structurelles, pourtant nécessaires pour préparer l’après-pandémie, avancent peu, freinées par l’urgence et les contraintes économiques. Les embûches majeures sont lourdes : une crise sanitaire sans précédent, la paralysie d’activités économiques clés et un chômage accru, qui mettent à l’épreuve la résilience sociale du pays.
ces mesures ont permis de contenir la crise et d’éviter un effondrement immédiat, mais elles sont perçues comme ponctuelles plutôt que stratégiques, illustrant la tension entre urgence et vision à long terme.
Akhannouch (2021-a aujourd’hui) : résilience sociale et pragmatisme
Depuis 2021, Aziz Akhannouch dirige un Maroc confronté à un enchaînement inédit de crises. Son état d’esprit allie résilience, proximité avec le citoyen et pragmatisme, qualités essentielles pour naviguer dans un contexte où défis climatiques, sociaux et économiques se superposent.
Sous son mandat, le gouvernement a mis en œuvre des mesures concrètes et visibles : revalorisation des salaires dans l’éducation et la santé, aides directes aux populations affectées par les catastrophes naturelles, et relance industrielle à travers des projets structurants. Ces initiatives traduisent une volonté affirmée de traduire les promesses électorales en actes tangibles, même dans des conditions difficiles.
Les limites apparaissent dans la pression cumulée des crises et l’impact de l’inflation mondiale, qui restreignent la marge de manœuvre budgétaire et sociale. Les embûches majeures sont lourdes : sécheresse prolongée, séisme du Haut Atlas en 2023, inondations à Qasr el-Kebir en 2026.
les actions menées sont à la fois visibles et concrètes, mais la simultanéité de crises représente un défi inédit, testant la capacité du gouvernement à allier efficacité immédiate et vision stratégique sur le long terme.
chaque gouvernement a dû s’adapter à des contextes très différents, influençant directement ses réussites et limites
L’examen des trois dernières législatures révèle une constante : la continuité prime sur les alternances partisanes. Au-delà des changements de gouvernance, l’État poursuit invariablement ses priorités fondamentales : l’éducation, la santé, la protection sociale et le développement des infrastructures.
La crédibilité des dirigeants ne se mesure plus aux promesses électorales, mais à leur capacité à transformer ces engagements en actions concrètes, tangibles pour les citoyens. Dans ce contexte, les Marocains jugeront les futurs leaders non seulement sur leurs projets et slogans, mais surtout sur leur résilience face aux crises et sur l’efficacité de leur réponse aux défis économiques, sociaux et environnementaux.
malgré le tumulte électoral, le Maroc continue de progresser. À l’aube de 2030, le pays exigera des dirigeants capables de conjuguer vision stratégique, pragmatisme et aptitude à faire face simultanément à des crises multiples.



