Ali Lmrabet ou la tentation des radicalités successives

Ali Lmrabet ou la tentation des radicalités successives

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Najiba jalal

Il y a, dans les trajectoires médiatiques, des inflexions qui relèvent de l’évolution intellectuelle. Et puis il y a celles qui traduisent des glissements plus profonds, presque structurels, où le discours cesse d’être une lecture du monde pour devenir un alignement sur des narratifs.

Les récentes prises de position d’Ali Lmrabet s’inscrivent clairement dans cette seconde catégorie.

À travers une série de tweets, il adopte désormais un ton et des références qui s’éloignent de la posture critique classique pour s’inscrire dans une grille de lecture idéologique marquée. Le fil conducteur est explicite : dénonciation de l’Occident, relativisation des dynamiques internes au Moyen-Orient, et surtout une mise en cause frontale d’Israël, qui frôle parfois des registres problématiques lorsqu’elle se nourrit d’insinuations ou de généralisations.

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Ce basculement n’est pas anodin.

Il s’accompagne d’un récit historique sélectif, comme en témoigne l’évocation de l’attentat de 1981 en Iran. L’événement est mobilisé non pas pour éclairer la complexité de la trajectoire iranienne, mais pour soutenir une thèse : celle d’un régime constamment agressé de l’extérieur, contraint à la radicalisation. Une lecture qui évacue volontairement les logiques internes de pouvoir, les mécanismes autoritaires, et les stratégies régionales de Téhéran.

Plus troublant encore est le relais d’un document présenté comme une « charge contre Israël et ses guerres », sans mise à distance critique. Or, dans le contexte actuel, la circulation de ce type de textes s’inscrit souvent dans des écosystèmes informationnels où la frontière entre critique géopolitique et biais idéologique devient poreuse.

Ce qui se dessine ici, ce n’est pas seulement une opinion, mais une recomposition.

Ali Lmrabet semble passer d’un registre à un autre, comme s’il remplaçait une grille de lecture par une autre, sans véritable continuité intellectuelle. Ceux qui l’ont observé dans ses phases antérieures n’auront aucun mal à relever une constante : une propension à épouser des postures radicales, qu’elles soient d’inspiration salafiste dans le passé ou aujourd’hui teintées d’un tropisme pro-iranien et d’un discours que l’on pourrait qualifier de « campiste ».

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Ce phénomène n’est pas isolé. Il correspond à une tendance plus large où certains acteurs médiatiques, en quête de repositionnement, glissent vers des récits simplificateurs opposant blocs et civilisations. Dans cette logique, les contradictions internes disparaissent, les nuances s’effacent, et le monde se réduit à une confrontation binaire.

Le paradoxe est là : des discours qui se présentent comme critiques finissent par reproduire, sous une autre forme, les logiques qu’ils prétendent dénoncer.

Faut-il pour autant parler de conversion idéologique ? Peut-être pas au sens strict. Mais il est difficile de ne pas voir, dans cette évolution, une convergence entre des projets idéologiques que tout semblait opposer mais que la radicalité rapproche : rejet de l’Occident, centralité du conflit, et vision du monde structurée par l’affrontement.

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Ce n’est pas tant le changement qui interroge que sa cohérence.

Car au-delà des positions, une question demeure : s’agit-il d’une réflexion construite ou d’un simple déplacement d’allégeance au gré des vents idéologiques ?

Et surtout : jusqu’où peut-on aller dans la critique sans basculer dans des registres qui alimentent, consciemment ou non, des discours de rejet et de stigmatisation ?

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