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lundi 14 septembre 2026 - 16:42

Affaire Mekouar : dix-huit ans de contentieux familial autour d’un patrimoine industriel et immobilier

Affaire Mekouar : dix-huit ans de contentieux familial autour d’un patrimoine industriel et immobilier
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NAJIBA JALAL /

Derrière un conflit familial ancien, une question beaucoup plus lourde : comment plusieurs actifs immobiliers détenus par les sociétés ICOMA et IMPROTEX ont-ils été transférés vers une société contrôlée par un membre de la même famille ? Depuis près de dix-huit ans, Rachid Mekouar tente d’obtenir une réponse judiciaire.
À première vue, l’affaire Mekouar pourrait passer pour l’un de ces interminables conflits successoraux que connaissent certaines grandes familles industrielles. Mais à mesure que l’on remonte les actes de sociétés, les mutations immobilières, les expertises et les plaintes successives, le dossier change de nature.
Au centre du contentieux se trouvent deux sociétés historiques du textile marocain, ICOMA et IMPROTEX, plusieurs dizaines de milliers de mètres carrés d’actifs immobiliers, et une société créée en 2003 sous le nom de L’Olivine Immobilier.
Face à cet ensemble, un homme mène le combat judiciaire : Rachid Mekouar, fils et héritier de H. M.
Son père détenait officiellement trois actions dans ICOMA. Rachid Mekouar soutient toutefois qu’une participation économique plus importante, de l’ordre de 20 %, existait dans le cadre familial dans ICOMA et IMPROTEX, sans avoir été intégralement matérialisée dans l’actionnariat officiel. C’est précisément l’un des points que la procédure doit départager.
Le point de départ : le contrôle des sociétés
La chronologie est essentielle.
Le 26 décembre 2000, le conseil d’administration d’ICOMA réorganise ses pouvoirs. M. M. est placé à la présidence, tandis que M. C. M. devient directeur général, avec des pouvoirs importants. Quelques mois plus tard, le 27 juillet 2001, M. C. M. est nommé président du conseil d’administration d’ICOMA. En août de la même année, il prend également la présidence d’IMPROTEX.
C’est à partir de cette période que se noue le cœur du contentieux.
Les actifs immobiliers appartiennent alors aux sociétés industrielles. Plusieurs d’entre eux remontent aux années 1940, 1950 ou 1960 et sont situés notamment à Mohammedia. Les documents produits par le plaignant recensent dix actifs représentant plus de 115 000 m².
2003 : création de L’Olivine Immobilier
Le 24 juillet 2003 est une date clé.
Ce jour-là est immatriculée L’Olivine Immobilier, société de promotion immobilière au capital initial de 100 000 dirhams. Les pièces produites dans la procédure présentent M. C. M. comme associé et gérant unique à cette date.
C’est également cette société qui va acquérir plusieurs biens appartenant jusque-là à ICOMA et IMPROTEX.
C’est ici que Rachid Mekouar situe le mécanisme qu’il dénonce : la même personne se trouvait, selon lui, en position de diriger les sociétés vendeuses tout en contrôlant la société acquéreuse.
Cette configuration constitue le nœud du litige.
Comment les actifs ont-ils changé de mains ?
Entre 2003 et 2005, plusieurs immeubles passent dans le patrimoine de L’Olivine.
Parmi eux figure « ICOMA 4 », d’une superficie de 3 503 m², cédé selon les documents pour 475 dirhams le mètre carré.
Un autre bien, désigné « ICOMA », représente plus de 63 000 m², avec bâtiments industriels et habitations. Le prix figurant dans les actes est de 120 dirhams le mètre carré, soit environ 7,57 millions de dirhams.
Le bien « Zouina », d’une superficie de 1 113 m², apparaît quant à lui avec un prix de 480 dirhams le mètre carré.
Plusieurs actes de vente comportent une mention qui deviendra centrale dans le dossier : le prix aurait été payé hors la vue de la notaire. Cette mention figure dans les actes eux-mêmes. Elle ne prouve pas, à elle seule, une absence de paiement, mais elle nourrit la contestation du plaignant, qui soutient qu’aucune trace suffisante de règlement n’apparaît dans les comptes qu’il a pu examiner.
Puis viennent les reconnaissances de dette
Au 31 décembre 2009, les documents font état d’une créance d’environ 16,05 millions de dirhams au profit d’ICOMA et de 3,62 millions au profit d’IMPROTEX sur L’Olivine.
Ces créances sont ensuite utilisées dans une opération de compensation et d’augmentation de capital.
À l’issue de cette opération, ICOMA et IMPROTEX deviennent très largement actionnaires de L’Olivine, tandis que M. C. M. conserve une fraction du capital.
La défense peut y voir une régularisation économique des relations entre les sociétés.
Rachid Mekouar, lui, y voit au contraire une justification tardive d’opérations intervenues plusieurs années auparavant.
La question reste donc entière : pourquoi ces reconnaissances apparaissent-elles en 2009 alors que plusieurs cessions avaient été conclues dès 2003 et 2005 ?
Des biens revendus beaucoup plus cher
L’affaire prend une autre dimension lorsque certains de ces actifs sont revendus plusieurs années après.
Le bien « Beaucomtoise », cédé selon le dossier pour 977 670 dirhams, est revendu en 2019 pour 55,826 millions de dirhams.
En 2017, « Bousoulai » est vendu pour 4,377 millions de dirhams et « Zouina » pour 10,622 millions.
Ces écarts sont spectaculaires, mais ils ne suffisent pas juridiquement à établir une fraude : la valeur d’un bien peut évoluer considérablement avec le temps.
Ils posent néanmoins une question essentielle : les valorisations retenues lors des premières cessions correspondaient-elles réellement aux valeurs de marché de l’époque ?
Qui est Rachid Mekouar ?
Dans ce dossier, Rachid Mekouar n’est ni dirigeant des sociétés mises en cause ni acteur des opérations de vente.
Il intervient comme fils et héritier de H. M., ancien administrateur et actionnaire d’ICOMA, décédé le 1er décembre 2007.
Sa démarche est celle d’un héritier qui estime que les droits économiques de son père n’ont pas été respectés dans les opérations ayant affecté le patrimoine des sociétés familiales.
Depuis la disparition de son père, il demande que soient reconstitués les mouvements patrimoniaux, déterminés les bénéfices réalisés par ICOMA et IMPROTEX et évaluée la part qui aurait dû revenir à H. M., puis à ses héritiers.
Ce qui devait être un contentieux familial et patrimonial est ainsi devenu, au fil des années, une affaire pénale instruite devant la Cour d’appel de Casablanca.
Dix-huit ans de procédure
Les opérations contestées remontent à 2003 et 2005. H. M. décède en 2007. Les réclamations et démarches des héritiers s’inscrivent ensuite dans une succession de procédures, d’expertises et de contestations qui se prolongent jusqu’à aujourd’hui.
En 2023, une expertise judiciaire triple est réalisée afin notamment d’évaluer les bénéfices d’ICOMA et IMPROTEX entre 2000 et décembre 2007 et de déterminer la part revenant à H. M.
Mais loin de mettre fin au dossier, cette expertise ouvre une nouvelle bataille.
En mars 2024, Rachid Mekouar adresse au juge d’instruction une longue contestation de ses conclusions. Il reproche notamment aux experts de ne pas avoir suffisamment recherché la destination des actifs immobiliers et de s’être appuyés sur des documents qu’il considère incomplets ou postérieurs à la période examinée.
Le 11 avril 2024, une nouvelle plainte vise même les trois experts. Les accusations formulées restent naturellement soumises à l’appréciation de la justice.
Un enjeu potentiellement de plusieurs centaines de millions
Les pièces versées par Rachid Mekouar recensent dix actifs représentant environ 115 478 m². Les opérations comptables documentées font apparaître près de 19,7 millions de dirhams de créances reconnues par L’Olivine envers ICOMA et IMPROTEX, tandis que certaines reventes ultérieures révèlent des écarts de valorisation considérables.
Le plaignant avance pour sa part des estimations patrimoniales beaucoup plus élevées, qui restent à départager par l’expertise et la justice.
Une fermeture des frontières en janvier 2026
L’affaire n’est désormais plus cantonnée à une bataille familiale autour d’un héritage.
Le 29 janvier 2026, le parquet général près la Cour d’appel de Casablanca a ordonné, selon le document versé au dossier, l’exécution d’une mesure de fermeture des frontières à l’encontre de M. C. M.
Cette mesure est procédurale et ne constitue ni une condamnation ni une reconnaissance de culpabilité. Elle marque néanmoins une nouvelle étape dans un dossier judiciaire qui dure depuis près de dix-huit ans.
Aujourd’hui, la justice doit encore répondre à plusieurs questions : qui contrôlait réellement les sociétés au moment des cessions ? À quelle valeur les immeubles ont-ils été transférés ? Les prix ont-ils effectivement été payés ? Pourquoi certaines reconnaissances de dette n’apparaissent-elles qu’en 2009 ? Et quelle part revenait réellement à H. M. ?
Au bout de dix-huit ans, le sujet dépasse donc largement une querelle familiale. Il pose aussi la question du temps judiciaire : comment un dossier fondé sur des titres fonciers, des actes de vente, des décisions de sociétés et des écritures comptables peut-il demeurer aussi longtemps sans réponse définitive ?

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Tags: industrielMekouar

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