Après la nomination de Fatima Ezzahra El Mansouri à la tête du gouvernement, une nouvelle bataille commence : celle des alliances. Pour le PAM, arrivé en tête des élections, le défi consiste désormais à réunir les conditions politiques permettant de gouverner. Et c’est précisément dans cette phase que les erreurs de campagne peuvent revenir peser sur les négociations.
Les mots lancés contre un concurrent ne disparaissent pas au lendemain du scrutin. Lorsqu’une campagne durcit les antagonismes, personnalise les attaques ou disqualifie le bilan de partenaires avec lesquels il faudra peut-être gouverner, elle laisse une facture. Celle-ci peut se payer dans la coalition, par une confiance dégradée et des exigences accrues, ou dans l’opposition, par une confrontation plus vigoureuse.
Pour la prochaine cheffe du gouvernement, le RNI et l’Istiqlal seront ainsi déterminants. Leur participation peut consolider la majorité ; leur passage dans l’opposition peut modifier profondément les conditions de son action.
La première hypothèse est la reconduction du trio PAM–RNI-Istiqlal. Avec 228 sièges, cette formule offrirait une majorité parlementaire confortable, supérieure aux deux autres configurations envisagées : 207 sièges pour le PAM avec l’Istiqlal, l’USFP et le PPS ; 208 sièges pour le PAM avec le RNI et les deux partis de gauche. Ces totaux constituent des possibilités arithmétiques, sans préjuger des accords politiques.
Mais le trio pourrait être politiquement moins solide que ne le suggère son poids parlementaire. Le PAM devrait prendre la direction d’une coalition auparavant conduite par le RNI, tout en construisant avec ses partenaires une lecture commune du mandat écoulé. Il lui faudrait expliquer ce qu’il entend prolonger, ce qu’il souhaite corriger et comment les responsabilités seront partagées.
C’est là que le discours de campagne peut devenir encombrant. Difficile de demander à un partenaire de défendre collectivement un bilan que l’on a contribué à déprécier. Difficile, également, de solliciter sa solidarité après avoir laissé prospérer une confrontation qui l’a directement visé. Une réconciliation gouvernementale exige davantage qu’une photographie commune et une répartition des ministères.
Dans ce scénario, le risque serait celui d’une majorité nombreuse mais traversée par la méfiance. Le RNI et l’Istiqlal pourraient participer au gouvernement tout en marquant régulièrement leurs distances avec ses arbitrages. El Mansouri disposerait alors des voix nécessaires, mais devrait négocier en permanence la cohésion de son propre camp.
La deuxième hypothèse associerait le PAM à l’Istiqlal, à l’USFP et au PPS. Cette configuration permettrait de rechercher un accord avec les partis de la Koutla démocratique historique. Elle donnerait une majorité plus étroite et laisserait surtout le RNI dans l’opposition.
Or, un RNI dans l’opposition conserverait son implantation, son expérience gouvernementale et sa capacité à contester les choix économiques du nouvel exécutif. Face à une promesse difficile à financer ou à un engagement retardé, il pourrait demander au PAM de rendre compte de ses propres annonces électorales.
Si ses critiques rejoignaient celles du PJD, revenu avec 54 députés, la pression serait sensiblement renforcée.
Aucun accord formel ne serait nécessaire : la convergence des discours sur le pouvoir d’achat, l’emploi ou la crédibilité des promesses pourrait suffire à placer le gouvernement sur la défensive.
La troisième hypothèse réunirait le PAM, le RNI, l’USFP et le PPS, en laissant l’Istiqlal hors de l’exécutif. Là encore, la majorité serait possible, mais l’équilibre politique resterait exigeant. L’Istiqlal dispose d’un ancrage territorial et d’une tradition politique qui lui permettraient de peser dans l’opposition. Une convergence, même ponctuelle, avec le PJD pourrait élargir la contestation au-delà du seul électorat islamiste.
Ces scénarios font apparaître une même réalité : le RNI et l’Istiqlal pèseront sur la stabilité du prochain gouvernement, depuis la majorité comme depuis l’opposition. Leur rôle ne se réduit donc pas aux sièges qu’ils peuvent apporter lors de l’investiture. Il concerne aussi la cohésion de l’exécutif, la crédibilité de son discours et l’intensité de la confrontation parlementaire.
La marge de manœuvre d’El Mansouri dépendra de sa capacité à reconstruire la confiance. Un partenaire respecté et associé aux décisions peut contribuer à stabiliser l’action gouvernementale. Un partenaire traité comme un simple appoint parlementaire peut devenir une source permanente de tensions. Et un concurrent inutilement humilié pendant la campagne peut trouver dans l’opposition les moyens de demander des comptes.
Le PAM pourrait ainsi découvrir que certaines facilités électorales compliquent l’exercice du pouvoir. Les attaques mobilisent un camp ; elles peuvent aussi rendre les compromis plus coûteux lorsque vient le temps de gouverner.
La majorité confortable existe dans les chiffres. Pour qu’elle devienne une majorité capable d’agir, le PAM devra régler l’héritage de sa campagne et construire avec le RNI et l’Istiqlal une relation à la hauteur des responsabilités qui commencent.
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