Dans son éditorial « Subvention à la presse : les bien-portants d’abord ! », le patron de Maroc Hebdo pose une question que la profession devrait pouvoir débattre ouvertement. Que devient le pluralisme quand l’aide publique profite d’abord aux entreprises qui disposent déjà des moyens les plus importants ?
Il y a du courage à ouvrir des dossiers sensibles quand on sait ce que leur publication peut coûter. Il en faut aussi pour prendre la plume sur les fragilités de son propre métier. Mohamed Selhami a fait les deux. Éditeur historique et plume hors pair, il a consacré une part de son travail à des sujets que beaucoup auraient préféré laisser de côté. Il l’a fait avec une certaine idée de l’intérêt du pays. Un journal rend service au Maroc lorsqu’il lui permet de regarder en face les questions qui le concernent.
Dans son éditorial publié par Maroc Hebdo, Mohamed Selhami s’arrête sur un critère en apparence technique, le chiffre d’affaires. Si le montant de l’aide augmente avec les revenus de l’entreprise, observe-t-il, les groupes déjà les mieux armés seront aussi les mieux placés pour en bénéficier. Les éditeurs indépendants, eux, devront continuer à payer leurs équipes, à financer leurs reportages et à tenir leur rythme de publication avec des marges de plus en plus étroites. Pour certains, la question se joue à quelques mois de salaires.
Selhami insiste aussi sur la fragilité des titres historiques. Des journaux qui ont traversé plusieurs générations, formé des journalistes et documenté les transformations du pays peuvent se retrouver en difficulté faute d’un chiffre d’affaires suffisant. Leur ancienneté témoigne de leur place dans la vie publique, mais elle ne suffit pas à leur garantir les moyens de continuer à paraître.
C’est aussi là que se reconnaît sa plume. Selhami part d’un barème et ramène le lecteur à ce qu’il engage concrètement pour le pays. Combien de rédactions pourront encore envoyer un journaliste sur le terrain, lui donner le temps de vérifier ce qu’il a recueilli et publier ce qu’il a établi ? La diversité de la presse dépend aussi de ces moyens très ordinaires.
Dire une vérité qui dérange, quand beaucoup hésitent à la formuler, demande du courage. C’est ce courage que Mohamed Selhami met au service de la presse et du pays. En alertant sur le sort des rédactions les plus fragiles, il rappelle aux responsables du soutien public ce que chaque disparition emporte avec elle, des emplois, une voix dans le débat et une part de notre mémoire collective. Il le dit pendant qu’il est encore temps d’agir.

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