Maroc et Algérie sont au bord de l’explosion de haine si on laisse faire. Marocains et Algériens se mettent, sans le vouloir ni le savoir, au service de ceux qu’ils sont censés combattre. Pourtant seuls quelques inconscients pensent qu’un affrontement militaire est souhaitable et quelques naïfs imaginent que la paix est imminente. La bataille est ailleurs, sur les réseaux sociaux. Elle est violente et les noms d’oiseaux sont échangés sans retenue.
Du côté algérien, ceux qui insultent au quotidien le régime marocain et ses institutions sacrées ne sont pas là pour accompagner une vague de fond algérienne. Leur objectif est de susciter une réaction marocaine qui consiste à insulter le peuple algérien et ses martyrs. Le but de ceux qui sont à la manœuvre n’est pas d’insulter le « Makhzen », comme ils disent, mais provoquer la haine des Marocains envers les Algériens.
Depuis les réactions hostiles aux Algériens au sein de la société marocaine sont de plus en plus nombreuses. Sur les différentes plateformes les algériens sont qualifiés de « Houkistes » en référence à un discours du Président Tebboune ou « Kargouli » qui désigne les fils illégitimes des Ottomans. C’est malheureux ! Jamais dans les conflits entre Marocains et Algériens un tel niveau d’insultes n’a été enregistré. Le vocabulaire Algérien n’est pas plus intelligent. Les marocains sont qualifiés de « Mrarka », de « A3bid » ou « Ayacha ».
Toutefois si les internautes de ce côté de la frontière sont tombés dans le piège, les médias officiels marocains sont restés sobres. Ils n’ont jamais manqué de respect aux autorités supérieures algériennes ou discrédités la politique de leur pays. Ce n’est pas le cas des autorités algérienne qui ont fait de la politique de discréditation de la société marocaine un pilier de leur communication.
Des opposants algériens décrivent un écosystème médiatico-numérique composé de fermes à mouches électroniques, gérées depuis des « salles d’opérations » proches de la Présidence. Ces structures diffusent des rumeurs et lancent des campagnes de dénigrement coordonnées, notamment contre le Maroc, à travers des trolls et des bots automatisés, capables de saturer les algorithmes et de créer une fausse impression d’opinion publique majoritaire. Si l’on en croit ces sources, cette stratégie n’est pas improvisée, elle est intégrée à la politique étrangère algérienne. Mais restons prudent, il ne faut pas tomber dans l’excès inverse et surjouer la victimisation. Tout attribuer à un « complot » affaiblit la crédibilité quand les critiques sont fondées, et certaines le sont.
Le premier test nature de l’efficacité des outils mis en place a été la CAN 2025 avec le mondial 2030 en ligne de mire. Des comptes anonymes ont diffusé des récits, selon lesquels le Maroc n’était pas prêt à accueillir la CAN, les stades étaient en cours de construction, et allait en perdre l’organisation. Les contenus diffusés étaient simples une vidéo courte, une accusation choquante, un hashtag, puis une reprise massive. À ces attaques le Maroc a réagi comme une administration en publiant des communiqués, des démentis sur les chiffres, des visites de sites, des conférences. Ce n’est pas efficace.
La preuve administrative n’impacte pas, elle ne supprime pas le doute. Les contenus développés avant, pendant et après la CAN se sont vite insérés dans l’actualité du tournoi. Le Maroc a subi une campagne de désinformation massive, estimée à environ 3 millions de publications, dont une grande partie provenait d’Algérie et de France. Tous les réseaux ont été mobilisé : médias, influenceurs, supporters, diaspora et comptes militants.
Les récits anti-Maroc se sont appuyés sur des ressentis politiques remontant à l’époque de la Guerre froide. Ils avaient une audience prête à les croire et à partager leurs messages. Il n’y a pas eu de réponse stratégique coordonnée et anticipative. Au lieu de débattre des stades, de la sécurité ou des transports, les algériens ont imposé d’autres débats sur la corruption de l’arbitrage, le favoritisme etc.
Ce qui se prépare pour 2030 est de loin plus important. On se doit de réagir avec intelligence. Il ne faut surtout pas s’inspirer de la stratégie attribuée, à tort ou à raison, aux autorités algériennes. C’est à la fois dangereux pour l’avenir de la région, à contrecourant de la fraternité qu’i faut reconstruite avec des voisins liés au Maroc par la géographie, la culture, l’histoire, la religion et la population et contre-productif, l’Algérie n’est pas une candidate aux manifestations organisées par la CAF. La réaction doit être différente. Les spécialistes en Communication institutionnelle proposent de :
- Créer une cellule de veille opérationnelle 24h/24. Son rôle sera de détecter les trois ou quatre récits capables de devenir viraux et de les neutraliser dans l’heure.
- Être en mesure, pour chaque fake, de monter une vidéo qui raconte la vraie histoire. La crédibilité prime le buzz.
- Faire preuve de pédagogie, expliquer, par exemple, à large échelle, comment sont fabriquée des fausses vidéos sur la base d’images réelles ?
- Recruter et former des ambassadeurs parmi les journalistes africains, les supporters étrangers (via des tombolas), des joueurs, des bénévoles, des chauffeurs de taxi, des hôteliers, des créateurs marocains, des éléments de la diaspora… Autant de personnages perçus comme neutre. Leur impact sera plus efficace qu’un communiqué institutionnel.
- Investir massivement dans le Soft Power. Le Maroc doit inonder l’espace numérique de récits positifs et de contenus de qualité. Cela passe par le soutien à des créateurs de contenu crédibles et formés, la production de documentaires, et une présence accrue dans les débats internationaux. L’objectif est de déplacer le combat du terrain de la polémique vers celui de la promotion de l’image du pays.
- Diversifier les langues et les plateformes de communication : Pour toucher un public international et africain, le Maroc doit massivement investir dans l’anglais comme langue de communication stratégique sur les réseaux sociaux et dans les espaces d’analyse. L’espagnol, l’allemand et le chinois sont également des langues à intégrer pour une véritable portée mondiale.
Et en chapeau interdire les insultes. Elles renforcent le récit adverse. La meilleure stratégie est froide, documentée et positive : montrer les faits, corriger les mensonges, mettre en avant les réussites concrètes et les interactions fraternelles réelles entre supporters. Il ne suffit pas d’exceller dans l’organisation des événements. Il faut apprendre à organiser la bataille de l’attention avec la même rigueur : rapidité, preuves visuelles, réseaux de relais crédibles et récit positif capable de devancer l’accusation. C’est la condition sine qua non pour bénéficier des effets positifs espérés de l’organisation de la coupe du monde 2030.
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