Interview du ministre des ressources animales et halieutiques du Burkina Faso

Interview du ministre des ressources animales et halieutiques du Burkina Faso

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Burkina Faso

Vous êtes Ministre des ressources animales et halieutiques du Burkina Faso, que représente aujourd’hui ce secteur par rapport à l’économie nationale ?

Sommanogo Koutou : Parler d’élevage au Burkina Faso, c’est parler tout simplement de la vie des burkinabè, de leur quotidien, tant ce sous-secteur est intimément lié aux réalités nationales. Le Burkina Faso est un pays à vocation agropastorale. L’élevage y occupe plus de 80% des ménages ruraux et constitue le deuxième secteur productif en milieu rural. Les diversités culturelles et agro-climatiques ont engendré au sein des communautés des pratiques multiples d’élevage ancrées dans les longues traditions de brassages intercommunautaires propres à la sous-région.

L’élevage touche directement la plus grande proportion de pauvres et cela, quelle que soit la région du territoire considérée. Les résultats de l’enquête QUIBB-2007 montrent que 82,4% des ménages ruraux pratiquent l’élevage d’animaux et que cette proportion varie de 67% à 89% selon les régions. Par ailleurs, l’élevage reste la première source de revenus monétaires de 38,8% des ménages ruraux et leur permet ainsi, d’accéder aux services sociaux de base et à la sécurité alimentaire en cas de crise agricole. Au plan macroéconomique et sur le plan des avantages comparatifs, le sous-secteur de l’élevage constitue l’un des plus productifs où le Burkina Faso possède la meilleure dotation factorielle dans la sous-région (climat, position géographique et savoir-faire). L’élevage contribue pour plus de 12% à la formation de la valeur ajoutée nationale. Les produits de l’élevage occupent le troisième rang des exportations après l’or et le coton avec une contribution de 15 à 20% aux recettes d’exportation sur la période 1997-2003, soit une valeur comprise entre 25 et 35 milliards de francs CFA/an. Il reste aussi le domaine qui a le plus grand potentiel distributeur de richesses.

Aujourd’hui, cette performance peut s’établir à plus à plus 350 milliards l’an de FCFA de recettes liées au cheptel et aux produits d’élevage burkinabè.

Le développement économique passe inévitablement par un développement technologique et la formation des populations. Quelles sont les démarches que vous entreprenez dans ce sens?

SK : Il est évident que dans un secteur en proie aux changements climatiques, à la pression démographique, aux mouvements humains et animaux, aux concepts de productivité, de compétitivité et de professionnalisme, l’on ne saurait parler de performances sans faire la part belle au renforcement des capacités, à la vulgarisation des technologies et à l’adoption des bonnes pratiques.

En ce qui nous concerne, nos politiques de développement du secteur ont placé le producteur au cœur de toutes les stratégies. Notre vision consiste à faire de celui-ci l’artisan de propulsion de l’élevage en ces divers maillons de production, de transformation et de commercialisation, le tout sous le regard bienveillant de l’Etat.

C’est pourquoi, chaque année, nous nous fixons des objectifs précis dans le domaine de la formation des producteurs mais aussi des agents qui encadrent ces derniers sur le terrain.

En outre un plan de formation permet annuellement, par pallier et par domaine, de renforcer ou de mettre à jour les connaissances et les savoirs dont nous avons besoin. A ce titre, notre école nationale de l’élevage et de santé animale constitue une pierre angulaire dans la stratégie de formation initiale et continue. Une formation de courte durée a permis depuis deux de mettre sur le marché national des techniciens aptes aux différents métiers de l’élevage, ce qui n’existait pas il y’a de cela 5 ans en arrière.

Du coté de la vulgarisation, beaucoup de technologies ont été également implémentées et l’heure est à leur intensification. J’en veux pour preuve, l’insémination artificielle des vaches, la promotion de la culture fourragère, l’intégration élevage/agriculture et la certification de nombreuses techniques de transformation dans le bétail/viande.

Quels sont les principaux freins à l’épanouissement du secteur ?

SK : A côté des immenses opportunités/potentialités que présentent le secteur de l’élevage, force est de reconnaitre qu’il existe des faiblesses dans le secteur qu’il faille considérer.

La première faiblesse de notre élevage réside dans le système extensif, toute chose qui ne permet pas une exploitation optimale des espaces dans une dynamique de pression démographique. Ensuite, il faut indexer le professionnalisme relatif de nos acteurs. Les activités ne sont pas suffisamment organisées autour des chaines de valeur, ce qui engendre une confusion des rôles et une faible organisation des acteurs. Enfin, pour me limiter à trois aspects, il y’a la question du financement du secteur. Non seulement au niveau de l’Etat, les allocations budgétaires ne sont pas à la hauteur des normes africaines selon les recommandations de Maputo en 2010 (30% du budget alloués au secteur rural dont 10% à l’élevage) mais aussi, le secteur privé traine quelque peu à y investir conséquemment.

Nous devrons donc en lien avec ces faiblesses relever certains défis.  On peut retenir la modernisation des systèmes de production, la professionnalisation des acteurs, l’exportation de viande en quantité et en qualité en lieu et place de l’exportation d’animaux sur pieds, la mise en place des structures de transformation répondant aux normes (abattoir moderne, miellerie, laiterie, tannerie moderne).

Le Maroc et votre ministère, parlez-nous un peu des conventions bilatérales dans ce sens ainsi que l’état d’évolution des relations entre les deux pays en matière d’élevage et de pêche.

SK : Le Ministère des ressources animales et halieutiques (MRAH) entretient des relations avec plusieurs organisations marocaines

Ainsi le Burkina est invité depuis un certain temps au salon du cheval d’El Jadida grâce à l’association « le Salon du cheval ». D’autre part, le Maroc a été le pays invité d’honneur à la première édition du salon ouest-africain du cheval organisé à Ouagadougou en 2019. Par ailleurs, l’Interprofession aviculture moderne collabore avec la fédération interprofessionnelle du secteur agricole (FISA). De ce fait, le Burkina participe au DAWAJINE organisé par la FISA à Casablanca.

En matière de santé animale, nous formons également des vétérinaires à l’Institut Agronomique Vétérinaire (IAV) Hassan II. Notre école nationale d’élevage et de santé animale (ENESA) dispose d’un protocole d’accord avec l’institut royal des technologies spécialisées en élevage de Fouarat.

C’est dire que la coopération va bon train mais il est clair qu’il faut travailler à renforcer ces partenariats et créer de nouvelles routes d’une plus grande collaboration dans ce secteur d’activité.

Quel sera selon vous le plan de collaboration Burkina-Maroc dans votre secteur d’activité ?

SK :En termes de perspectives, le Burkina Faso entend consolider ses relations de partenariat avec le Maroc à travers une forte participation au Salon international de l’agriculture au Maroc. En retour, nous devons travailler à susciter une plus grande implication du Maroc au Salon de l’Élevage du Burkina Faso (SABEL) dont la seconde édition est prévue pour novembre 2020.

Dans le domaine de la formation également, nous envisageons la formation des professionnels de l’aviculture de notre pays au Maroc par l’entremise de la FISA.

Ce serait déjà un bon niveau de partage d’expériences dans l’espoir que de nouveaux horizons plus prometteurs s’ouvrent aux deux pays.

Le projet de la monnaie unique de la CEDEAO, qu’en pensez-vous ?

SK : La monnaie est une question qui touche à la souveraineté, à la problématique de nos pays en tant qu’entités autonomes. C’est vous dire que quelque part, abandonner sa monnaie entre les mains d’une autre entité, c’est renoncer à ses propres prérogatives souverainistes.

L’idée de la monnaie unique est donc de la prime importance pour nous africains et burkinabè, héritiers du Président Thomas Sankara dont l’attachement au « self-government » n’est plus à démontrer.

Au-delà de l’intention, nous pensons même qu’à ce stade, la monnaie unique à la CEDEAO devrait être une réalité de nos jours.

Les peuples l’appellent de toute leur volonté et les politiques sont enfin parvenus à un accord de principe dont la matérialité ne pourrait encore souffrir des affres de certains esprits réfractaires ou arrière-gardistes.

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