Désolé, ce débat doit cesser !

Désolé, ce débat doit cesser !

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Excusez-moi, ce débat doit cesser !

Lorsque le différend entre un acteur politique et un journaliste se transforme en généralité, touchant un secteur entier, nous sommes face à une dérive inacceptable dans le débat public. Le conflit, s’il existe, reste personnel ou conjoncturel ; il ne doit pas être imposé à la presse comme secteur ou aux médias comme institution sociétale. Excusez-moi, ce débat doit s’arrêter ici, car élargir le champ du désaccord nuit à tout le monde et ne sert aucun intérêt collectif.

Décrire les journalistes avec des termes comme « fossoyeurs » ou réduire le soutien public à un simple « aliment » ne reflète pas un désaccord politique sain, mais témoigne d’un recul dans le niveau du discours. Le journalisme n’est pas partie prenante d’un conflit politique, ni un outil dans une bataille personnelle. C’est une fonction sociétale qui joue un rôle de surveillance, pose des questions et révèle des dysfonctionnements. Il peut être dérangeant lorsque cela est fait, mais le dérangement ne justifie ni l’insulte ni la dévalorisation.

Tout homme politique a le droit de critiquer un journaliste en particulier ou un contenu médiatique spécifique, et de répondre ou de recourir à la justice si nécessaire. Cependant, ce droit perd sa légitimité lorsqu’il se transforme en une généralisation qui porte atteinte à la dignité d’une profession entière, ou quand il utilise un discours qui vide le débat de son contenu démocratique.

Cette logique impose une question fondamentale : si le soutien public accordé à la presse est considéré comme un aliment, comment caractériser alors le soutien de l’État aux partis, le financement des campagnes électorales ou les indemnités des élus ? La philosophie n’est-elle pas la même dans les deux cas ? Le soutien public, qu’il concerne les médias ou l’action partisane, vise à garantir la pluralité et la continuité, et non à acheter des allégeances ou à transformer des secteurs en dépendances.

Le plus préoccupant dans ce débat est qu’il survient à un moment délicat, alors que le Maroc fait face à d’importants enjeux politiques, économiques, institutionnels et médiatiques. Ces enjeux exigent un débat responsable, un discours sobre et une complémentarité entre les acteurs, non des conflits marginaux qui siphonnent les énergies et déforment les secteurs.

Un discours basé sur la dévaluation et l’insulte ne sert ni la politique ni le journalisme. Il facilite les attaques et complique le débat, nourrissant une tendance populiste qui nuit à l’image du service public et approfondit la perte de confiance dans les institutions et dans l’action politique elle-même.

Personne n’exige des hommes politiques qu’ils aiment la presse ou qu’ils la défendent. Ce qui est demandé, c’est simplement le respect des règles de l’interaction démocratique. Une critique spécifique devrait être contrebalancée par une réponse responsable, et un désaccord devrait être soumis à la loi, tout en préservant la dignité professionnelle comme un ligne rouge. Car affaiblir le journalisme aujourd’hui, c’est affaiblir l’un des piliers de l’équilibre de demain.

Le journalisme, malgré les dysfonctionnements qu’il connaît, demeurera un espace de débat, de responsabilité et de révélations de vérités. Il restera un partenaire essentiel dans la construction d’un Maroc fort et confiant en lui-même. Quant aux querelles insignifiantes menées avec un langage d’insulte, elles ne résisteront pas face à l’ampleur des grands défis qui attendent notre pays.

Nous ne sommes pas l’aliment de quiconque, nous ne sommes pas partie prenante de luttes personnelles. Nous sommes partie d’un débat national plus large, et notre enjeu commun est que ce débat soit à la hauteur d’un Maroc qui se relève et mérite un discours plus élevé que celui-ci.

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