Formulation de l’appartenance comme choix existentiel et esthétique dans le recueil « Je n’accepte que les épices de ma patrie » de la poétesse Hanaa Maïko.

Formulation de l’appartenance comme choix existentiel et esthétique dans le recueil « Je n’accepte que les épices de ma patrie » de la poétesse Hanaa Maïko.

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Souad Qabli/

La poétesse et plasticienne Hanane Meïko propose dans son recueil « Je n’accepte que les épices de ma patrie » une expérience poétique nourrie par la mémoire, la langue et la géographie, où elle reformule l’appartenance comme un choix existentielle et esthétique. Dès la dédicace, le texte s’ouvre sur une relation ombragée entre le soi et sa lumière intérieure, une relation de passage et de plénitude, sans séparation ni brisure, ce qui fait de l’écriture un acte de salut autant qu’un acte de nomination du monde et des choses qui entourent la poétesse.

Les poèmes du recueil « Je n’accepte que les épices de ma patrie » – publié dans une belle édition par la maison d’édition Nahawi dirigée par l’écrivain et journaliste Abdelaziz Koukas – évoluent dans des espaces multiples : de « la mosaïque au-delà de la mer » aux « montagnes du Kilimandjaro » et aux lignes de l’équateur, sans jamais perdre son centre de gravité initial : la patrie comme ressenti physique de la langue. La poétesse n’échappe pas aux fissures ni aux pavés de la route, et ses poèmes tentent de descendre dans les grottes, vers les ascensions et les descensions où se forment les premières ébauches de conscience et d’écriture. L’immersion dans la beauté devient un exercice de liberté, et la lumière un éclat recherché chaque fois que l’obscurité ose se figer en forme de cœur.

Le recueil de Hanane Meïko émerge comme une œuvre poétique qui parie sur la redéfinition des relations entre le soi et le lieu, la mémoire et la langue, et l’appartenance comme expérience sensorielle. La poétesse tisse les fils de cette appartenance avec une sensibilité artistique indéniable, qui se manifeste dans les confins de la poésie et de la contemplation, transformant le poème en espace de passage et en acte d’écoute introspective. Dès la dédicace, le texte proclame son allégeance à une zone ombragée délicate : « à son ombre qui m’a traversée, et m’a laissée remplie de sa lumière ». Ainsi, l’ombre devient une condition de l’apparition de la lumière, non pas son opposé, et l’écriture ne se réduit pas à la restitution du perdu, mais plutôt à une plénitude résultant du passage. Ce seuil révèle très tôt une sensibilité poétique qui voit dans l’expérience intérieure la source de tout sens.

Le recueil « Je n’accepte que les épices de ma patrie » n’offre pas un discours nationaliste direct, et ne tombe pas dans la nostalgie consumériste, mais travaille sur l’appartenance en tant que choix esthétique et éthique. La patrie est une expérience constamment redéfinie à travers la langue. D’où vient la force du texte, de sa capacité à allier la dimension universelle de l’expérience humaine à l’intimité singulière du sujet écrivain.

Les poèmes du recueil se déplacent dans une géographie vaste qui protège de l’errance, approfondissant la question des racines. Ici, la patrie ne se résume pas à des cartes ou des slogans, mais se redécouvre comme une saveur, un goût, comme des épices sans lesquelles le poème ne peut se tenir debout. Les « épices de la patrie » ne sont pas une métaphore superficielle, mais un concept poétique dense, évoquant la mémoire sensorielle, les premières senteurs, et ce qui s’ancre dans le corps avant d’être formulé dans la pensée.

La langue dans le recueil est chargée d’une énergie picturale intense, fusionnant la nature avec l’âme, et la métaphore avec l’expérience sensorielle, dans une écriture qui penche davantage vers la contemplation que vers l’éloquence. C’est un recueil qui assure que l’appartenance n’est pas un slogan, mais une sensibilité, et que la poétesse n’accepte que ce qui convient à son corps langagier : les épices de sa patrie. Le poème dans « Je n’accepte que les épices de ma patrie » devient un acte de résistance douce qui teste la solidité de la voix poétique : résistance à l’oubli, à l’homogénéité et à la langue consommée. C’est un recueil qui écrit la poésie en tant que quête d’un éclat de lumière, et insiste sur le fait que la véritable appartenance se ressent entre les méandres de la langue et les images du poème.

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