Casablanca accueille une rencontre intellectuelle autour du livre « Maroc-Algérie : une fraternité à reconstruire » de l’auteur Arabi Berkach

Casablanca accueille une rencontre intellectuelle autour du livre « Maroc-Algérie : une fraternité à reconstruire » de l’auteur Arabi Berkach

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العربي بركاش

Le mercredi 12 février 2026, le centre culturel du Croissant-Rouge à Casablanca a accueilli une rencontre intellectuelle et culturelle dédiée à la lecture de l’ouvrage « Maroc–Algérie, une fraternité à reconstruire » de l’intellectuel marocain عربي بركاش (Arabi Barkach). Cette rencontre, animée par la journaliste Najiba Jalal, directrice du site Express TV, a rassemblé de nombreux acteurs culturels et passionnés des questions du Maghreb.

Ce rendez-vous n’a pas été une simple célébration, mais plutôt un moment de réflexion critique sur le parcours des relations maroco-algériennes, en tenant compte des tensions et des malentendus accumulés, loin de la langue des slogans et des surenchères.

Dans son intervention, Arabi Barkach a mis en lumière ce qu’il considère comme l’un des maux des relations entre les deux pays : l’absence de dialogue direct avec la société algérienne pendant de longues décennies, laissant le champ libre à un discours officiel et médiatique qui a alimenté l’animosité et ancré des stéréotypes concernant le Maroc et les Marocains, selon ses propres mots. Ce discours a atteint un tel degré qu’il a déshumanisé « l’autre », décrivant l’État marocain comme une entité traditionnelle ou « une structure obsolète », tentant artificiellement de séparer le peuple marocain de ses institutions historiques.

Cependant, l’auteur n’a pas oublié d’évoquer des signes d’espoir, affirmant que le contact humain direct, lorsqu’il se produit, révèle l’illusion de ces images. Il a évoqué, à cet égard, les scènes de rencontre entre les foules marocaines et algériennes lors d’événements sportifs internationaux, où il est apparu clairement que le citoyen ordinaire ne voit pas son voisin comme un ennemi, avant que les considérations politiques et les émotions collectives ne réactivent à nouveau la tension.

Barkach a, avec un ton analytique, abordé les grandes orientations qui ont marqué le parcours de chaque pays depuis les années soixante. Le Maroc, selon son interprétation, a rapidement choisi le libéralisme économique, même si la réforme politique a pris du retard, ce qui a progressivement conduit à la construction d’institutions ayant acquis une certaine légitimité, notamment avec l’expérience du gouvernement d’alternance à la fin des années 1990.

En revanche, l’écrivain considère que l’Algérie est restée prisonnière d’un modèle économique fermé basé sur la nationalisation et la limitation de l’initiative individuelle, ce qui s’est répercuté sur la structure de l’État et de la société, retardant la formation d’institutions bénéficiant d’un large consensus national. Cette différence structurelle, à ses yeux, explique en grande partie le fossé dans les visions et le comportement politique entre les deux pays.

La Marche Verte a occupé une place importante dans le débat, Barkach la qualifiant de moment fondateur dans l’histoire moderne du Maroc, non seulement pour son succès politique, mais aussi pour la transformation profonde qu’elle a engendrée dans la conscience collective des Marocains. Elle a constitué, selon lui, un exercice national dans la confiance en soi et la capacité à gérer de grands projets d’un aspect logistique et organisationnel complexe, laissant une empreinte significative dans la gestion des crises et des projets stratégiques.

Il a aussi souligné que cet événement a contribué à unir le front intérieur et à renforcer la relation entre la monarchie et les forces politiques, y compris les courants qui étaient en désaccord avec l’institution monarchique, ce qui a conféré à l’État marocain un certain degré de stabilité et de continuité.

En parlant de l’avenir, Barkach a insisté sur le fait que la poursuite de la rupture entre le Maroc et l’Algérie coûte cher aux deux pays, estimant que cela pourrait représenter entre 1,5 et 2% de croissance annuelle. Il a rappelé qu’un marché commun maghrébin regroupant environ cent millions d’habitants aurait pu déclencher une dynamique de développement sans précédent, en particulier au profit des petites et moyennes entreprises.

Il a également appelé à dépasser les conflits identitaires marginaux et à reconnaître mutuellement les richesses culturelles de chaque pays, considérant que la culture et les projets économiques communs peuvent constituer une voie rationnelle pour reconstruire la confiance, loin du discours de trahison et d’escalade.

En conclusion de la rencontre, Arabi Barkach a exprimé sa gratitude envers le Croissant-Rouge marocain et à la journaliste Najiba Jalal, affirmant que son livre n’est ni un manifeste politique ni un document de condamnation, mais un espace pour un débat serein sur l’avenir des relations maroco-algériennes. Il a également souligné l’urgence de redonner de l’importance à la lecture et au dialogue public rigoureux, à une époque où les discours superficiels dominent l’espace numérique.

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