La finale de la CAN devant le TAS : un test de maturité et de réalisme pour le football africain

La finale de la CAN devant le TAS : un test de maturité et de réalisme pour le football africain

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larbi bargach

Bargach Larbi

Le renvoi du dossier de la finale de la CAN devant le Tribunal arbitral du sport révèle une contradiction flagrante dans la posture officielle de la Fédération sénégalaise. Depuis des semaines, celle-ci martèle qu’une finale se gagne sur la pelouse, et non sur tapis vert. Pourtant, en saisissant le TAS, elle accepte de facto que l’issue de cette affaire se joue précisément là où elle prétend ne pas vouloir aller.

Si le TAS venait à désavouer la CAF, le Sénégal obtiendrait gain de cause… sur tapis vert. Une ironie qui illustre, au-delà des discours, le retour inévitable au réel et au pragmatisme. Et, paradoxalement, cette lucidité retrouvée constitue une bonne nouvelle pour le football africain, trop souvent gangrené par un populisme de circonstance.

Car le football ne se résume pas à l’émotion, à l’effort ou au spectacle. Il est aussi un cadre, un ensemble de règles dont le respect conditionne sa crédibilité. Reconnaître que le droit fait partie intégrante du jeu est, en soi, une avancée.

Le TAS tranchera. Et déjà, nombre d’observateurs indépendants se disent convaincus de l’issue. Avec certitude ils designent, selon leur parti-pris, leur vainqueur. On peut faire confiance à ces experts autoproclamés. Ils ont déjà en tête les éléments de langage qu’ils diffuseront en cas de défaite de leur thèse. C’est le recours au registre complotiste qui sera bien entendu privilégié. Ce réflexe, devenu presque mécanique, en dit long sur les dérives qui fragilisent la lecture sereine des enjeux sportifs et juridiques.

C’est précisément de cette posture que le football africain doit se libérer s’il aspire à grandir. L’enjeu dépasse de loin cette seule affaire : il touche à la maturité institutionnelle du continent. À cet égard, il appartient aux parties en présence d’adopter une communication responsable. Dès la formalisation du recours sénégalais, elles devraient s’engager clairement à accepter le verdict du TAS, quel qu’il soit. Cela suppose, en amont, de préparer les opinions publiques à toutes les éventualités, y compris celle d’une défaite juridique.

Le Maroc comme le Sénégal sont pleinement fondés à faire valoir leurs droits par les voies légales. Leur légitimité en sera d’autant plus forte s’ils prennent soin de se démarquer des influences opportunistes — ces “vautours” qui gravitent autour du dossier, mus par des agendas qui dépassent le seul cadre sportif.

L’Afrique du football est à un tournant. Il lui appartient de choisir entre la surenchère émotionnelle et l’exigence de rigueur. Entre le bruit et la règle. Entre la suspicion permanente et la confiance dans les institutions.

Puissent les acteurs concernés faire le choix de la responsabilité.

Post-scriptum : s’il est une leçon à retenir de cette séquence, c’est peut-être celle-ci — plus jamais, dans l’histoire du football africain, une sélection ne devrait se permettre de quitter le terrain pour contester une décision arbitrale. Cette décision en appel de la CAF et le suspense qu’elle a engendré pour quelques mois aura une vertu: la dissuasion. Le respect du jeu commence par là.

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