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mardi 1 septembre 2026 - 21:50

Programme du PAM, le possible, l’improbable et le déjà-promis

Programme du PAM, le possible, l’improbable et le déjà-promis
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AMAL FILALI /

Un programme électoral se lit toujours deux fois. La première avec l’enthousiasme du citoyen qui espère ; la seconde avec la calculatrice du contribuable qui finira par payer.

À la première lecture, le programme du Parti Authenticité et Modernité est généreux : baisse des prix, électricité gratuite, réduction massive de l’impôt sur le revenu, retraite minimale de 3 000 dirhams, aide sociale d’au moins 1 000 dirhams, un million d’emplois, 500 000 familles accompagnées vers un logement digne, hôpitaux modernisés, barrages, dessalement et intelligence artificielle.

À la seconde lecture, une question s’impose : que peut-on réellement accomplir en cinq ans, et que faut-il ranger dans le rayon, toujours bien fourni, des promesses électorales ?

Le document annonce cinq pactes, vingt engagements et une dépense supplémentaire de 350 milliards de dirhams entre 2027 et 2031, soit 70 milliards par an. C’est 15 milliards de plus par an que le programme présenté par le RNI en 2021, dont le coût avait été estimé à 55 milliards annuels. Le programme des indépendants reposait, lui aussi, sur cinq grands engagements : protection sociale, santé, emploi, école et administration.

Le PAM ne part donc pas d’une page blanche. Il reprend une large partie de la promesse sociale de 2021, augmente plusieurs montants, change les intitulés, ajoute la souveraineté stratégique et présente l’ensemble comme un changement de cap.

Il arrive parfois qu’en politique, changer le titre du dossier soit plus facile que changer son contenu.

Ce qui est réalisable

L’engagement le plus immédiatement réalisable est le relèvement de l’aide sociale directe à un minimum de 1 000 dirhams. Le Maroc dispose désormais du Registre social unifié, d’une agence chargée du soutien social et d’un système de versement déjà opérationnel.

En 2026, le dispositif soutient 3,9 millions de ménages, dont 5,5 millions d’enfants et 1,7 million de personnes âgées. Le montant minimal actuel est de 500 dirhams par ménage, avec des aides pouvant dépasser 1 000 dirhams selon sa composition.

Passer de 500 à 1 000 dirhams est donc administrativement possible. Mais cela aurait un coût très élevé si le relèvement concernait indistinctement tous les bénéficiaires. Il faudrait maintenir un ciblage fondé sur le revenu, la composition familiale et la vulnérabilité. La mesure est réalisable, à condition de ne pas transformer une politique de solidarité ciblée en distribution générale sans ressources correspondantes.

Elle est aussi moins nouvelle que le PAM ne le laisse entendre. En 2021, le RNI promettait déjà un revenu de dignité de 1 000 dirhams pour les personnes âgées en situation de précarité, ainsi que 300 dirhams par enfant scolarisé, dans la limite de trois enfants.

Le PAM propose donc moins une invention qu’un élargissement : il prend un engagement ancien, déjà partiellement matérialisé par l’aide sociale directe, et le porte à un niveau supérieur.

La rénovation de 1 600 centres de santé et de 90 hôpitaux est également possible sur cinq ans. Le pays possède les structures administratives, les programmes d’investissement et les instruments financiers nécessaires. La véritable difficulté ne sera pas de rénover les murs, mais de trouver les médecins, les infirmiers, les gestionnaires et les équipements capables de faire fonctionner ces établissements.

On peut réhabiliter un bâtiment par appel d’offres. On ne forme pas un médecin spécialiste entre la publication du marché et la réception des travaux.

Les parcours d’insertion des jeunes, la formation professionnelle, le premier contrat de travail, les dispositifs de mobilité et les solutions locatives sont également réalisables. Leur réussite dépendra toutefois de leur articulation avec les programmes existants. Le danger serait de créer une plateforme supplémentaire, un passeport de plus et un nouveau fonds, tandis que le jeune continuerait à circuler entre les guichets avec le même dossier sous le bras.

La formation de 5 000 formateurs en intelligence artificielle est techniquement réalisable. Mais former des formateurs ne crée pas à lui seul une souveraineté technologique. Celle-ci nécessite des capacités nationales de calcul, des infrastructures cloud, des données accessibles et sécurisées, une recherche performante et des entreprises capables de transformer cette recherche en produits.

Enfin, les ouvrages hydrauliques et les stations de dessalement peuvent être réalisés. Mais le programme ne précise ni leur capacité, ni leur implantation, ni leur coût énergétique. Six stations annoncées sans indication de volume peuvent constituer un grand projet ou une ligne bien présentée dans une brochure : tout dépend de ce que l’on met derrière le chiffre six.

Ce qui est réalisable, mais mal formulé

« Ramener les prix des produits de première nécessité à leur niveau normal » est une promesse politiquement efficace, mais économiquement imprécise.

Qu’est-ce qu’un prix normal ? Celui d’avant l’inflation ? Un prix fixé par l’État ? Un prix débarrassé des marges abusives ? Un prix compatible avec le revenu des ménages ?

Un gouvernement peut agir sur les circuits de distribution, la concurrence, les marchés de gros, le stockage, la transparence des marges et les ententes. Il peut réduire certains coûts fiscaux ou logistiques. Mais il ne peut décréter durablement le prix des produits agricoles, de l’énergie ou des matières premières sans subventions massives, pénuries ou distorsions.

La promesse réalisable serait donc de réduire les surcoûts injustifiés et les rentes, non de restaurer un mystérieux « niveau normal » que le programme ne définit jamais.

La retraite minimale de 3 000 dirhams peut, elle aussi, être mise en œuvre progressivement pour les petites pensions. Mais elle exige une réforme globale des caisses, une définition précise des bénéficiaires et une réponse à une question d’équité : appliquera-t-on le même minimum à une personne ayant cotisé pendant des décennies et à une personne ayant peu ou pas cotisé ?

Sans distinction entre pension contributive et allocation de solidarité, la promesse mélange deux instruments qui ne relèvent pas de la même logique.

Les 500 000 familles accompagnées vers un logement digne constituent également un objectif possible si le mot « accompagnées » inclut l’aide directe, la rénovation, le logement rural et la résorption de l’habitat insalubre. Il serait beaucoup moins crédible s’il signifiait la construction et la livraison de 500 000 logements nouveaux en cinq ans.

Le mot est habile : on promet beaucoup, tout en laissant à l’administration le soin de définir plus tard ce que signifie exactement « accompagner ».

Ce qui paraît très difficile

La gratuité de toute facture d’électricité ne dépassant pas 100 dirhams est simple à comprendre, mais difficile à défendre dans sa forme actuelle.

La mesure créerait un effet de seuil : une famille consommant pour 100 dirhams ne paierait rien, tandis qu’une famille atteignant 101 dirhams pourrait devoir acquitter sa facture. Elle pose également la question du remboursement des opérateurs et de la nature de l’aide. Pourquoi subventionner indistinctement tous les petits consommateurs, quelle que soit leur situation sociale, plutôt que d’accorder un tarif social ciblé ?

La mesure est techniquement possible, mais budgétairement non chiffrée et socialement mal calibrée. Un tarif progressif serait plus juste qu’une gratuité coupée au couteau.

La proposition la moins crédible demeure toutefois la réforme de l’impôt sur le revenu. Le PAM prévoit une exonération pour les salaires bruts inférieurs à 15 000 dirhams, un taux de 10 % entre 15 000 et 46 000 dirhams et un taux maximal de 20 % au-delà.

Passer d’un taux marginal maximal de 37 % à 20 %, tout en exonérant la très grande majorité des salariés, provoquerait une perte considérable de recettes. Or le programme ne chiffre pas cette perte et ne précise pas comment elle serait compensée.

La mesure est aussi présentée comme une réforme de justice fiscale, alors que les gains les plus importants en valeur absolue pourraient bénéficier aux salariés disposant des revenus les plus élevés.

On ne peut pas promettre simultanément davantage d’aides, de meilleures retraites, des hôpitaux rénovés, l’électricité gratuite et une forte réduction des recettes fiscales, puis inscrire à la ligne « financement » que la croissance s’occupera du reste.

Même la croissance, lorsqu’elle est invitée à financer une campagne électorale, demande généralement à voir les calculs.

Le million d’emplois : la promesse qui revient tous les cinq ans

Le PAM promet au moins un million d’emplois nets et une baisse du chômage de 10,8 % à 7 % en 2031. Il en détaille la provenance : industrie, agriculture, sport, services à forte valeur ajoutée et activités associées au Mondial 2030.

Le chiffre est familier. En 2021, le RNI avait déjà promis la création d’un million d’emplois, en combinant travaux publics, relance sectorielle, soutien à l’entrepreneuriat et reprise post-Covid.

Le gouvernement issu des élections de 2021 a ensuite repris cet objectif dans son programme, accompagné d’une croissance moyenne de 4 % et d’un relèvement du taux d’activité des femmes au-dessus de 30 %.

Cinq ans plus tard, le PAM ressort donc du vestiaire le même maillot, avec un nouveau numéro.

Cette répétition devrait inciter à la prudence. Au premier trimestre 2026, le taux de chômage strict s’établissait à 10,8 %, atteignant 29,2 % chez les jeunes de 15 à 24 ans et 16,1 % chez les femmes.

Le PAM répartit son million d’emplois de façon exacte, presque au poste près. Mais 360 000 d’entre eux seraient liés à la Coupe du monde 2030. Combien seront permanents ? Combien disparaîtront après les chantiers et la compétition ? Combien seront directs, indirects ou simplement induits ?

Un emploi lié à un chantier pendant dix-huit mois n’est pas nécessairement un emploi net durable jusqu’en 2031.

La promesse n’est pas impossible, mais elle suppose un niveau soutenu de croissance non agricole, une mobilisation massive de l’investissement privé, une politique efficace en faveur des PME et une réponse à l’inadéquation des compétences. Or le pacte de croissance est précisément la partie la moins développée du programme.

Le grand paradoxe financier

Le PAM chiffre son programme à 350 milliards de dirhams sur cinq ans : 150 milliards pour le pouvoir d’achat, 50 milliards pour l’intégration des jeunes, 100 milliards pour la citoyenneté et 50 milliards pour la souveraineté stratégique.

Mais aucune enveloppe n’est affectée au cinquième pacte, celui de la croissance et de la durabilité.

C’est pourtant cette croissance qui doit produire 300 des 350 milliards nécessaires au financement du programme. Les 50 milliards restants viendraient des collectivités territoriales et d’économies budgétaires.

Le moteur doit donc financer toute la voiture, mais personne n’a prévu de budget pour le moteur.

Le document ne fournit ni taux de croissance attendu, ni recettes fiscales supplémentaires annuelles, ni scénario défavorable. Il ne précise pas davantage si les 130 milliards annoncés pour le Programme de développement territorial intégré sont compris dans les 350 milliards ou s’ils viennent s’y ajouter.

À titre de comparaison, le RNI avait annoncé en 2021 un programme de 55 milliards de dirhams par an. Son architecture financière pouvait également être discutée, mais son programme associait plus directement les engagements aux mesures envisagées. Le PAM porte la dépense annuelle à 70 milliards tout en ajoutant une baisse fiscale massive dont le coût n’apparaît pas dans l’addition.

PAM 2026 : rupture ou deuxième version du programme RNI ?

La comparaison révèle davantage de continuités que de ruptures.

Le RNI promettait en 2021 un État social protecteur, un million d’emplois, une aide de 1 000 dirhams pour les personnes âgées vulnérables, des allocations familiales, une couverture médicale généralisée, une réforme de l’école et une amélioration de l’hôpital public. Il proposait également de relever le salaire de départ des enseignants à 7 500 dirhams.

Le PAM promet en 2026 un État social plus généreux, le même million d’emplois, une aide minimale de 1 000 dirhams, une pension de 3 000 dirhams, une école publique rénovée et un hôpital plus performant.

La différence tient principalement à trois éléments : le pouvoir d’achat est placé au premier rang, la jeunesse fait l’objet d’un pacte distinct et la souveraineté hydrique, énergétique et technologique entre explicitement dans l’offre électorale.

Ce sont des évolutions importantes, mais elles ne constituent pas un changement complet de modèle. Le PAM ne remplace pas le programme du RNI : il le reprend, l’élargit, augmente certains montants et ajoute les inquiétudes apparues depuis 2021.

Il ne s’agit donc pas véritablement de « changer de cap ». Il s’agit plutôt de dire que le cap suivi depuis 2021 n’a pas produit assez rapidement ses effets sur la vie quotidienne, alors même que le PAM participait au gouvernement chargé de les produire.

Le verdict

Le programme fait apparaître trois catégories de propositions.

Sont réalisables : l’élargissement ciblé des aides sociales, la modernisation des structures sanitaires, les parcours d’insertion, les aides au logement, certains ouvrages hydrauliques et la formation à l’intelligence artificielle.

Sont réalisables sous conditions : la pension minimale de 3 000 dirhams, les 500 000 familles accompagnées vers un logement, les objectifs énergétiques et le million d’emplois, à condition d’en préciser le financement, la gouvernance et la permanence.

Paraissent peu crédibles en l’état : le retour des prix à un « niveau normal », la gratuité brutale des factures d’électricité, la réduction radicale de l’impôt sur le revenu et le financement de 300 milliards par un supplément de croissance qui n’est jamais démontré.

Le programme du PAM n’est donc pas irréalisable. Il est inégalement réalisable. Ses mesures les plus sérieuses sont souvent celles qui prolongent des chantiers déjà engagés. Ses promesses les plus spectaculaires sont aussi celles dont le financement est le moins explicité.

En 2021, le RNI avait promis un million d’emplois et un État social. En 2026, son partenaire gouvernemental promet encore un million d’emplois et un État social plus généreux. La nouveauté n’est pas toujours dans la promesse ; elle réside parfois dans le parti qui espère que l’électeur a oublié l’auteur de la première version.

Le PAM affirme vouloir changer de cap. Mais son programme ressemble surtout à une deuxième édition du contrat de 2021, augmentée, corrigée et rendue plus coûteuse.

Le vrai changement ne serait donc pas de formuler vingt nouvelles promesses. Il serait d’expliquer pourquoi les anciennes n’ont pas suffi, ce que le PAM assume du bilan commun et par quelle mécanique précise il accomplira demain ce que la majorité n’a pas entièrement réussi à faire hier.

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Tags: GouvernementInvestissementPAM

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