Bakali M/
Deux décisions distinctes, prises dans deux communautés autonomes espagnoles dirigées par des coalitions PP-Vox, ravivent le débat sur la place de l’islam et de la culture marocaine dans le système scolaire public espagnol.
Aragon met fin au programme de langue arabe : Le gouvernement régional d’Aragon a annoncé, ce lundi, la suspension de sa participation au Programme d’enseignement de la langue arabe et de la culture marocaine pour l’année scolaire 2026-2027. La décision est motivée par l’absence de garanties reçues sur le programme, alors que la région avait demandé l’accès aux contenus et compétences enseignés afin de vérifier leur conformité aux valeurs démocratiques, à la tolérance et à l’inclusion socioculturelle des élèves dans la société aragonaise et espagnole. Faute de réponse à ces demandes, l’Aragon a estimé ne pas disposer des garanties minimales pour le bon fonctionnement du programme. Ce programme ne concernait qu’une dizaine de centres de la province de Saragosse, dispensé en dehors de l’horaire scolaire général, pour un cumul d’environ 500 élèves sur les trois dernières années.
La responsable régionale de l’Éducation a également invoqué un enjeu de sécurité dans les classes, expliquant qu’il n’était pas possible de vérifier si les enseignants, mis à disposition par le gouvernement marocain, disposaient bien du statut de fonctionnaire ou d’éventuels antécédents pour des infractions à caractère sexuel. Un responsable régional a par ailleurs reconnu que cette suppression correspondait aussi à un engagement politique pris envers le parti d’extrême droite dans le cadre de l’accord de gouvernance régional.
Valence supprime les menus halal des cantines publiques :
Dans la Communauté valencienne, les cantines des établissements scolaires publics cesseront de proposer des menus halal à partir de cette rentrée, à la suite de l’adoption d’un nouveau budget régional qui a introduit des modifications substantielles à la réglementation encadrant la restauration scolaire, supprimant de fait toute adaptation des menus répondant à des préceptes religieux. Fait notable, la mesure ne cible explicitement ni le mot « halal » ni la communauté musulmane, la suppression étant formulée à travers la réglementation sur le bien-être animal.
Une contradiction avec le cadre national
Ces deux décisions régionales s’inscrivent en porte-à-faux avec la règle en vigueur à l’échelle nationale : depuis avril 2026, une nouvelle réglementation impose à l’ensemble des établissements scolaires espagnols de proposer des menus adaptés aux convictions éthiques ou religieuses des élèves, halal ou végétariens compris, sans surcoût pour les familles concernées, sous peine de sanctions pouvant atteindre 600 000 euros.
Ces mesures s’inscrivent dans un climat espagnol marqué par des tensions diplomatiques persistantes avec le Maroc, notamment autour du dossier de Ceuta, sans qu’aucun élément vérifiable ne permette, à ce stade, d’établir l’existence d’un mouvement similaire dans d’autres pays européens.
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