N.j
Chez certains éditorialistes européens, le Maroc n’est plus un sujet de couverture journalistique. Il devient une cible narrative permanente. Et peu de noms illustrent aujourd’hui cette dérive autant que celui d’Ignacio Cembrero.
Le journaliste espagnol, longtemps présenté comme un spécialiste du Maghreb, entretient avec le Royaume une relation singulière. Il y a vécu, fréquenté ses élites, étudié sa société et connu de l’intérieur les réalités marocaines. Selon plusieurs récits relayés dans les milieux médiatiques maghrébins, il serait même allé jusqu’à embrasser l’islam durant son séjour au Maroc. Une proximité ancienne qui aurait pu produire une lecture nuancée du pays. C’est pourtant l’inverse qui semble s’être installé au fil des années.
Car depuis longtemps déjà, le Maroc occupe chez Ignacio Cembrero une place qui dépasse largement le simple traitement de l’actualité. Migration, Sahara, diplomatie, sécurité, influence africaine, relations avec l’Espagne : presque chaque sujet devient l’occasion de construire un récit anxiogène autour du Royaume. Comme si Rabat ne pouvait jamais être analysé comme une puissance régionale en mutation, mais uniquement comme une source de tensions ou de manœuvres.

Son récent commentaire sur la baisse de la natalité marocaine en est une nouvelle illustration. Là où un journaliste aurait évoqué une transition démographique comparable à celle observée dans de nombreux pays émergents, Ignacio Cembrero choisit immédiatement le registre du déclin : perte d’habitants, recul économique, diminution des transferts des Marocains du monde. Une lecture catastrophiste qui ne cherche pas tant à informer qu’à installer une perception négative durable.
C’est précisément là que la frontière devient visible. Le traitement journalistique d’une information suppose du contexte, de la comparaison et de la nuance. Le ciblage, lui, fonctionne autrement : il sélectionne systématiquement les angles susceptibles de conforter un récit préalable. Et dans le cas du Maroc, ce récit paraît désormais solidement installé.
Au fil du temps, Ignacio Cembrero s’est d’ailleurs rapproché de plusieurs sphères médiatiques et militantes notoirement hostiles au Royaume, notamment autour du dossier du Sahara marocain. Une partie de ses analyses épouse régulièrement les narratifs développés par les adversaires géopolitiques de Rabat, au point que ses publications finissent souvent reprises dans les mêmes circuits militants et médiatiques.
Le problème n’est évidemment pas la critique. Aucun État n’est au-dessus du débat. Mais lorsqu’un pays devient l’objet d’une vigilance éditoriale quasi obsessionnelle, lorsque chaque évolution y est présentée comme un symptôme de crise et chaque avancée relativisée ou suspectée, il ne s’agit plus seulement de journalisme. Il s’agit d’une construction narrative.
Et cette mécanique finit par produire l’effet inverse de celui recherché. Car à force de voir le Maroc traité sous l’angle permanent du soupçon, une question s’impose désormais : observe-t-on encore un travail d’information… ou la continuation, par voie médiatique, d’un vieux contentieux idéologique avec le Royaume ?
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