L’histoire des grandes réformes institutionnelles ne s’écrit jamais dans l’immédiateté. Elle s’inscrit dans le temps long, celui des transformations profondes qui modifient durablement les équilibres d’un État et redéfinissent les rapports entre les institutions, les territoires et les citoyens. Depuis son accession au Trône, le 30 juillet 1999, Sa Majesté le Roi Mohammed VI a engagé le Maroc dans cette dynamique de modernisation continue, faisant de la réforme de l’État un levier majeur de consolidation démocratique, d’efficacité publique et de développement territorial.
Parmi les chantiers structurants qui ont marqué ces vingt-sept années de règne, la régionalisation avancée s’impose comme l’une des mutations institutionnelles les plus ambitieuses de l’histoire contemporaine du Royaume. Plus qu’une réforme administrative, elle constitue une nouvelle conception de l’action publique, fondée sur la proximité, la responsabilité et une répartition plus équilibrée des pouvoirs entre l’État central et les territoires.
Cette vision procède d’une conviction constante du Souverain : le développement durable ne peut être porté par une administration exclusivement centralisée. Il suppose des collectivités territoriales capables de concevoir leurs propres stratégies, d’exercer des compétences élargies et d’accompagner les dynamiques économiques, sociales et environnementales propres à chaque région.
C’est dans cette perspective qu’a été installée, le 3 janvier 2010, la Commission consultative de la régionalisation, chargée d’élaborer un modèle marocain conciliant unité nationale, solidarité territoriale, libre administration et participation citoyenne. L’objectif n’était pas de reproduire des modèles étrangers, mais de construire une régionalisation adaptée aux réalités institutionnelles, historiques et géographiques du Royaume.
La Constitution de 2011 a constitué le véritable acte fondateur de cette nouvelle architecture territoriale. En consacrant la régionalisation avancée comme un choix constitutionnel irréversible, elle a profondément renouvelé l’organisation de l’État, faisant de la décentralisation un principe structurant de l’action publique. Les régions ont ainsi acquis un statut institutionnel renforcé, fondé sur l’autonomie administrative et financière, la libre gestion, la coopération, la solidarité ainsi que le principe de reddition des comptes.
L’adoption, en 2015, de la loi organique n°111.14 relative aux régions est venue donner une traduction opérationnelle à cette ambition constitutionnelle. Le texte répartit les compétences entre compétences propres, compétences partagées avec l’État et compétences transférées progressivement, consacrant le principe de subsidiarité comme fondement d’une gouvernance territoriale plus efficace.
Cette même année, le Royaume a engagé une refonte de son découpage territorial en ramenant le nombre de régions de seize à douze. Cette recomposition ne répondait pas à une simple logique administrative ; elle visait à faire émerger des ensembles territoriaux plus cohérents, capables de constituer de véritables pôles de développement et d’améliorer la compétitivité économique tout en réduisant les disparités régionales.
Les élections régionales de 2015, puis celles de 2021, ont progressivement donné corps à cette nouvelle gouvernance territoriale. Les conseils régionaux disposent désormais d’attributions élargies dans des domaines stratégiques tels que le développement économique, l’investissement, l’aménagement du territoire, la mobilité, la formation ou encore l’attractivité des territoires.
Cette montée en puissance s’est accompagnée de la création d’instruments financiers destinés à renforcer la solidarité territoriale, notamment le Fonds de mise à niveau sociale et le Fonds de solidarité interrégionale. Les régions se sont également vu reconnaître une capacité accrue à élaborer leurs programmes de développement, à conclure des partenariats avec les acteurs publics et privés et à participer plus activement à la création de valeur et d’emplois.
Le succès de cette réforme demeure néanmoins indissociable d’un second chantier stratégique : la déconcentration administrative. À plusieurs reprises, Sa Majesté le Roi Mohammed VI a souligné, dans ses Discours du Trône, que la régionalisation ne pouvait produire pleinement ses effets sans un transfert effectif des compétences de l’administration centrale vers les services déconcentrés de l’État. L’adoption, en 2018, de la Charte nationale de la déconcentration administrative répond précisément à cette exigence de cohérence entre décentralisation politique et réorganisation de l’appareil administratif.
Dans le même temps, les collectivités territoriales ont engagé un important processus de modernisation de leur gouvernance. Renforcement des capacités administratives, digitalisation des services publics, amélioration des outils de planification et montée en compétence des ressources humaines traduisent une volonté d’inscrire durablement l’action territoriale dans une logique de performance et de qualité de service.
Cette évolution s’est traduite concrètement par la mise en œuvre du Programme national de réduction des disparités territoriales et sociales en milieu rural. Mobilisant près de 50 milliards de dirhams au cours de sa première phase, ce programme a permis d’améliorer significativement les infrastructures routières, l’accès à l’eau potable, à l’électricité, aux établissements scolaires et aux structures de santé dans de nombreuses zones rurales.
Le Nouveau Modèle de Développement, publié en 2021, est venu conforter cette orientation stratégique. Il place la région au cœur de la transformation économique du Royaume, en recommandant un approfondissement du transfert des compétences, une meilleure articulation entre les différents niveaux de gouvernance et une mobilisation renforcée des acteurs territoriaux.
Vingt-sept ans après le lancement de cette dynamique réformatrice, la régionalisation avancée apparaît comme l’une des expressions les plus abouties de la vision portée par Sa Majesté le Roi Mohammed VI pour un État plus agile, plus efficace et davantage ancré dans les réalités des territoires. Si plusieurs défis demeurent, notamment en matière de transfert des compétences, de ressources financières et de gouvernance, le socle institutionnel est désormais solidement établi.
À l’heure où le Maroc poursuit sa montée en puissance sur les plans économique, territorial et international, la régionalisation avancée s’affirme comme l’un des piliers de cette transformation. Elle ne constitue plus seulement un chantier institutionnel ; elle est devenue l’une des clés de lecture de la modernisation de l’État et de l’ambition d’un développement plus inclusif, plus équilibré et plus proche des citoyens.
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